Petit tas
Par Nonal (aka LeChieur, aka Justin Brol), mercredi 28 septembre 2005 à 00:17 | J'aime pas les gens | lien permanent | rss
Billet sauvé par Fincasor
D'abord, il y a eu ce débat dans "le téléphone sonne" sur France-Inter, aujourd'hui, avec un psychologue très vindicatif qui expliquait (je résume) que la psychanalyse c'est de la merde. A un moment, il y a un septuagénaire qui a appelé pour dire que s'il était toujours aussi heureux dans son couple, c'était justement grâce à l'analyse. Alors le psychologue très vindicatif a rétorqué qu'on pouvait toujours trouver un type qui a guéri du cancer avec des infusions d'herbe, mais que globalement, la psychanalyse (je résume) c'est quand même de la merde.
Et puis ce soir, en rentrant, ce billet miroir chez Kozlika.
Je n'ai pas guéri du cancer avec des infusions d'herbe, mais l'analyse m'a quand même un tout petit peu sauvé la vie. Le "petit tas gémissant accroupi contre un mur", je connais. Devant les gens qui passent, et qui se demandent si vous êtes un toxico en manque ou juste un nouveau cas d'infarctus pour les pompiers. "Non, non, c'est bon, je connais. Ça va passer".
"Rassurez-vous, c'est moi qui panique", quelle absurdité ! Avec les proches qui se demandent, qui hésitent, qui voudraient bien partager un peu du fardeau, mais qui sont complètement dans le brouillard. La douleur physique, on connaît ou on imagine. La douleur morale aussi, le deuil par exemple. Mais ça... C'est incompréhensible. Qu'est-ce qui se passe dans la tête de celui qui se laisse traverser par une attaque de panique ? Qu'est-ce qu'il ressent ?
Rien. A part la certitude absolue qu'il va mourir, là, tout de suite. Et la sensation affreuse de se débattre comme un diable contre l'inéluctable, de s'enfoncer quand même dans un néant visqueux, ou de tomber dans un puits sans fond. Et ne jamais se reposer : ça vous prend le jour, la nuit, seul ou dans la foule. Sans prévenir : PAF ! Et l'on meurt. Je suis mort des millions de fois.
En 1999, je faisais plusieurs crises d'angoisse par jour. Par "plusieurs", j'entends "beaucoup". Et encore, je ne parle que de journées "normales", celles où je pouvais éviter les situations phobiques (totalement exclu : être dans une voiture, un train ou un avion, patienter dans une file d'attente, marcher au milieu de la rue, monter dans un ascenseur, parler debout à des gens, pousser un caddie au supermarché, être au milieu d'une pièce, passer sur un pont, avaler un médicament quel qu'il soit, et j'en oublie des tas. C'est vous dire si vivre était un problème).
J'ai eu de la chance : je suis sorti de ces saloperies. J'ai fini par atterrir chez cette psy, un jour où c'était ça ou plonger. J'avais choisi "psychiatre", mon côté rationnel. Elle était aussi analyste. Je suis arrivé mort de trouille. Vu mon état, elle allait m'envoyer à l'hosto illico, m'abrutir de drogues ou m'annoncer la fin du monde. Même pas. J'ai raconté mes grosses misères, et l'effet "médiation" a marché mieux que prévu : dès la première séance, j'ai laissé la moitié de mes symptômes dans le cabinet[1]. Je suis rentré chez moi, je me suis allongé dans l'herbe de juin, et j'ai dormi tout l'après-midi. Vraiment dormi, je veux dire. Progressivement, j'ai pu recommencer à monter dans une voiture, acheter de la bouffe au supermarché, parler à des gens... Après, évidemment, il y a eu des caps difficiles, des rechutes terribles, des moments de stagnation poisseuse. Mais globalement, ça avançait. Et aujourd'hui, je n'ai plus qu'une seule phobie, la plus ancienne, celle de la bagnole. Impossible de conduire sur voie rapide, périphérique ou autoroute. Je m'en fous, je prends les chemins de traverse et je regarde le paysage. Et j'ai renoncé à essayer d'expliquer quoi que ce soit aux gens qui m'interrogent. "Bin t'es con, tu prends pas le périph' ? — Non".
Et puis il faut bien que je vous l'avoue (attention, accrochez vos ceintures. On était dans une zone de turbulences impudiques, on arrive carrément dans un nuage d'indécence), je suis heureux.
Alors le psychologue vindicatif, je lui aurais bien mis le nez dans sa crotte, à ce con. On m'objectera que mes arguments pour la défense du père Freud sont bien pauvres, et qu'ils ne valent pas plus que ceux des mangeurs de granules homéopathiques quand ils voient leur douce "médecine" attaquée. Certes. Mais qu'on me cite un cas avéré où l'homéopathie a sauvé la vie de quelqu'un, et je sculpte un buste d'Hahnemann en bronze avec mes dents.
Notes
[1] Je laisse les lacaniens de bazar s'amuser avec cette fin de phrase.
Commentaires
1. Le mercredi 28 septembre 2005 à 01:01, par zen
2. Le mercredi 28 septembre 2005 à 08:22, par Kozlika
3. Le mercredi 28 septembre 2005 à 11:35, par post-it
4. Le mercredi 28 septembre 2005 à 12:55, par samantdi
5. Le mercredi 28 septembre 2005 à 13:40, par Nonal
6. Le mercredi 28 septembre 2005 à 14:48, par Kozlika
7. Le mercredi 28 septembre 2005 à 14:56, par samantdi
8. Le mercredi 28 septembre 2005 à 15:25, par Bladsurb
9. Le mercredi 28 septembre 2005 à 16:21, par post-it
10. Le mercredi 28 septembre 2005 à 19:30, par samantdi
11. Le mercredi 28 septembre 2005 à 21:16, par KA
12. Le mercredi 28 septembre 2005 à 21:21, par FDP
13. Le mercredi 28 septembre 2005 à 21:31, par Nonal
14. Le mercredi 28 septembre 2005 à 22:01, par samantdi
15. Le mercredi 28 septembre 2005 à 22:10, par Nonal
16. Le jeudi 29 septembre 2005 à 15:47, par LaVitaNuda
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.