Le grenier de Nonal

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vendredi 3 juillet 2009

Toutes options


Bon, d'accord, il me pique des clopes dans mon paquet[1]. Mais, en même temps :

  • il miaule
  • il ronronne
  • il est auto-nettoyant
  • il lèche les oreilles des gens
  • hier, il m'a ramené une souris

Rien que de très normal, me direz-vous. Sauf que jusqu'ici, toutes les bêtes que j'ai eues étaient défectueuses, et les deux prédécesseurs de ce chat n'ont jamais miaulé, ronronné, léché les oreilles des gens, ni vraiment appris à chasser. Du coup, ça fait tout drôle d'en avoir un qui correspond enfin aux canons du genre.

Notes

[1] Authentique, et photo réalisée sans trucage. Heureusement qu'il ne sait pas utiliser un briquet.

I, Robot...

Troublant (surtout quand on regarde après les vidéos, qui sont là.)

Troublant, pas seulement pour la prouesse technologique. Mais aussi parce ça pose une question vertigineuse : est-ce que ce truc existerait aujourd'hui, si des écrivains n'avaient créé, puis entretenu le mythe ?

mardi 30 juin 2009

Heure bleue

Sombre dimanche, passé à végéter dans un salon du livre de province où les egos étaient de sortie. À ma droite, une auteure s'égosille sur les badauds effrayés : "Vous cherchez un excellent roman pour l'été ? Si vous le désirez, je vais me faire un bonheur de vous dédicacer celui-ci, dont l'écriture forte et l'intrigue puissante vous envoûteront. C'est 19 euros..." (sic). À ses côtés, une mémère emperlouzée, retapissée et rebotoxée de frais, écarquille les yeux en permanence tout en gardant les mains à l'horizontale loin devant son t-shirt Dolce & Gabbana, doigts écartés, comme si son vernis n'en finissait pas de sécher. "Ma chérie !", s'exclame-t-elle avec un sourire gourmand en repérant la première. "Je dédicaçais hier à Saint-Pergour-les-Pleureuses, et tout-à-coup qu'est-ce que je vois ? Toi ! Ton roman, dans le bac des soldés ! Tu étais à 4,95 €, si ce n'est pas malheureux...", ajoute-t-elle en retenant à peine sa jubilation.

En face, le sosie de Line Renaud fait l'article de son recueil de poésie (auto-édité) auprès d'une passante : "Vous, vous aimez les jolies choses, madame. Achetez ce livre, vous serez conquise ! C'est de la poésie magnifique... Il y a même quelques tranches d'érotisme brûlant dont je ne suis pas peu fière... C'est 19 euros." (sic). Éradiqués, Baudelaire, Verlaine, Lautréamont et consorts. Ridiculisés, Proust, Perec et Garcia-Marquez. Enfoncés, Faulkner, Simenon, Yourcenar et les autres. La seule vraie littérature digne de ce nom, celle qui ne connaît pas le doute et n'a pas besoin de s'embarrasser de modestie, celle qui émarge à la Société des Auteurs Normands et à l'Acâââdémie des Belllles Lettttres du Pays de Caux (sic), est de sortie, toute vibrante de satisfaction. C'est 19 euros.

À table, je me réfugie auprès d'une compagnie de théâtre que je connais depuis longtemps et qui donne une représentation de sa pièce non loin de là. La normalité des comédiens m'apaise. Pas cons, eux : ils ne sont en représentation que lorsqu'on les paie pour ça. Le reste du temps, ce sont juste des gens. À l'autre table, celle des écrivains majeurs, on verse avec talent dans l'exercice de circonstance : railler bruyamment les absents. Machin, qui était à tel salon la semaine dernière et qui n'y a vendu qu'un seul livre, ou Truc qui s'est fait jeter par son éditeur.

Le soir, je plie les gaules avant l'heure. J'ai pourtant bien "travaillé", comme ils disent. Mais ça use. Ma voisine, qui n'en peut plus d'être belle sur la quatrième de couverture de son roman au souffle puissant, continue de haranguer les rares visiteurs. "Mais je ne lis que des romans sentimentaux !", s'excuse une dame avec un panier en osier. "Justement, il y a beaucoup de sentiments. Vous allez a-do-rer. C'est 19 euros." Pendant qu'elle était partie manger, j'ai feuilleté son œuvre. Il y a des sourires mutins et de la jambe fuselée au kilo, des crinières de lionne et des descriptions à la hache. Beaucoup d'adjectifs et de béquilles grammaticales, aussi. J'ai a-do-ré.

Dans ma voiture, j'allume une Camel et la radio. C'est que je n'ai peut-être pas ma tronche photoshopée en quadri au dos de mes bouquins, mais je peux faire des zeugmes à deux centimes aussi, si je veux.

Et là, enfin, l'extase.

Dans Roue Libre sur France Inter, Raphaël Krafft fait partager aux auditeurs son voyage en vélo et cargo vers les Antilles. Il y a le petit bar de Montmartre où son pote l'a oublié sous la pluie, les souvenirs éraillés d'une centenaire née à Sainte-Lucie, un restau antillais reconverti en sushi-bar, un marin à la retraite qui regarde passer les bateaux à travers la vitre, des souvenirs des bars de Dieppe et des comptoirs du Havre, des marins roumains qui ne savent pas chanter, des gens qui ont tout perdu sauf leurs clés de voiture, une passagère qui va fêter ses soixante ans à bord et les trois coups de sirène annonçant le départ. Ça parle d'exil et de bananes, de vieillesse et de vélo, d'envies de tout quitter et de désir de tout retrouver. C'est de la radio intelligente et chaleureuse, de la radio qui prend son temps et qui ouvre le chemin. De la radio qui fait oublier les écrivaillons en mal d'identité et les crinières de lionne aux jambes fuselées. Vivement dimanche prochain, qu'on arrive enfin aux Antilles. Loin des gens en t-shirt Dolce & Gabbana.

dimanche 7 juin 2009

Vive la République Populaire de France

Cette semaine, une pécheresse qui traita l'excellente Nadine Morano (que sa noble descendance soit honorée pour les siècles des siècles) de "menteuse" sur Dailymotion a appris qu'elle était convoquée par la police politique de notre fière Nation. Aujourd'hui, on apprend que notre bon Président (qu'une pluie de pétales de roses parsème son chemin) et son homologue américain ont pris un "bain de foule" à Caen dans un public constitué quasi uniquement de militants UMP[1] — donc de valeureux figurants à la solde de notre vertueux gouvernement — tandis que les Caennais, les vrais (ces bouseux improductifs auxquels n'auraient pas manqué de se mêler des fainéants d'EDF en grève et de vénaux producteurs laitiers, si on les avait laissés faire), étaient cantonnés chez eux.

Loin de moi l'idée de critiquer notre bon Président (que son nom rayonne sur le monde) et ses amis (qu'ils soient choyés et admirés par le Peuple uni) vu que ça me ferait chier de finir au fond d'une geôle, mais force est de constater que la France (ce beau pays) commence à s'inspirer des pratiques chinoises.

Qoui qu'il en soit, je n'ai pas envie de me vautrer dans la critique ou la subversion (loin de moi ces tentations avilissantes). Au contraire, je voudrais rappeler (pour le plaisir de la bonne bouche) une phrase prononcée par notre Président (ses édifiants propos sont du miel pour ses concitoyens).

Comme disait le chef de l'état, donc : "Casse-toi, pauv'con !"

(Ce qui précède n'est rien d'autre qu'une respectueuse citation de notre Guide Suprême, et ne saurait constituer, même au regard de la loi chinoise, une insulte à l'égard de quelque personnalité que ce soit).

Vive la France, vive l'UMP, vive Nadine Morano !

Notes

[1] Dixit France-Inter, ce matin. Les rares passants non-encartés à l'UMP et néanmoins autorisés à exprimer leur joie d'être tout près du Plus Grand Chef du Monde Libre (et aussi de Barack Obama) étaient des habitants "triés sur le volet", a précisé le journaliste.

jeudi 4 juin 2009

Rangements

Aujourd'hui, j'ai passé la journée à ranger mon bureau, qui en avait bien besoin.

Comme c'est un bureau, donc, et même un siège social, j'ai caché dans d'austères boîtes-archives les trucs un peu bizarres que je traîne de déménagement en déménagement et que je n'arrive pas à jeter alors que bon, pfff.

J'ai donc plié une boîte-archive pour y ranger de vieux numéros d'Hebdogiciel, de Micro-Astuces (avec des articles qui comparent Windows 3.1 et Geoworks, quand même...), ainsi que des hors-série de Tilt bourrés de pages de listing en Basic pour Oric-Atmos. Bon. OK. Je suis cinglé (je n'ai JAMAIS eu d'Oric-Atmos). En même temps, j'ai ENFIN mis au collecteur de papier l'exemplaire de La bible du PC, sixième édition, qui en est aussi à sa sixième maison en dix ans. Geste qui m'a demandé un courage exemplaire, mais dont je ne suis pas sûr qu'il suffise à légitimer l'existence de cette autre boîte-archive, qui renferme (liste exhaustive) :

  • Une figurine en plastique (dédicacée) représentant un soldat de l'infanterie US à qui j'ai serré la main
  • Un gobelet Starbucks Coffee usagé
  • L'emballage sale d'un "Quarter Pounder with cheese" (subtil hommage à Tarantino)
  • Deux boîtes d'allumettes du Venetian
  • Une pochette d'allumettes du Luxor
  • Deux sacs en plastique vides : l'un à l'effigie du Luxor, l'autre aux couleurs de la chaîne NBC
  • Une trentaine de ces minuscules cartes proposant des numéros de téléphones de prostituées, que des Asiatiques distibuent sans relâche dans le downtown Las Vegas
  • Un carton expliquant pourquoi mes bagages ont dû faire l'objet d'une fouille[1]
  • Une petite bande-dessinée expliquant que je devrais rejoindre Jésus au lieu de mener une vie de pécheur
  • Une carte postale de la Stratosphere
  • Une bouteille d'eau purifiée de la marque "Only Vegas" pleine (contenance : 12 OZ / 365 ml) et périmée depuis deux ans.

Non non, ce n'est pas le contenu d'une poubelle que je viens de décrire, mais celui d'une boîte-archive. Pas la peine de m'expliquer les histoire de stade anal mal vécu, je crois que j'ai à peu près compris le principe. N'empêche : je suis taré.

Notes

[1] Bon plan pour nos amis touristes aux États-Unis : vous rentrez en France lessivés ? Vous n'avez pas le courage de ranger votre valise ? Fourrez vos sous-vêtements sales en vrac, chiffonnez vos t-shirts, roulez vos pantalons en boule et ajoutez une bouteille d'eau minérale à l'ensemble, histoire d'alerter la machine à rayons X. Lorsque vous récupérerez votre valise, tous vos vêtements auront été soigneusement pliés par un agent de sécurité consciencieux (authentique !).

mercredi 3 juin 2009

Fonctionnaire

La femme que j'aime est prof. Elle aime ce métier qu'elle a choisi et pour lequel elle a dû se battre. Cela fait dix ans qu'elle a commencé, mais elle n'a perdu ni de sa rigueur, ni de son enthousiasme, ni de son volontarisme, ni de son énergie. Elle s'investit, elle monte des projets, elle se bat contre des moulins parfois. On dit souvent en riant que c'est le plus beau métier du monde, mais si on arrête de rire on s'aperçoit que c'est justement ce que c'est. L'un des plus beaux métiers du monde. L'un de ces métiers qui nécessitent de prendre la mesure du don de soi, du long terme, de la patience, de l'espoir, etc. Je ne renie pas mon côté potache irréductible, mais quand je suis sincère, je l'admire.

Moi, j'ai toujours fait des métiers d'escroc égoïste. J'ai passé ma vie à me faire plaisir, en gagnant ou pas un peu d'argent, mais je m'en foutais parce que ce n'est pas l'argent qui me motive. J'ai fait des beaux voyages, j'ai pris du bon temps, j'ai flatté mon ego. Je n'ai rien construit, je mets l'avenir de mes enfants en danger à cause de la précarité chronique dans laquelle ces choix-là nous plongent, mais je fais l'intéressant dans des médias locaux et ça suffit à me valoir le sourire de la buraliste depuis qu'elle m'a vu en photo dans le journal.

Lorsqu'on rencontre des gens, dans les soirées, c'est toujours la même question qui revient : "et vous, vous faites quoi, dans la vie ?" Quand ma chère et tendre avoue son métier, au mieux on détourne la tête avec un air gêné. Au pire, elle affronte les sarcasmes habituels sur les fonctionnaires, leur prétendue oisiveté, leurs vacances à rallonges, leur supposé conformisme, leur tendance décriée à faire grève. Certains de ses collègues ont une parade, c'est "je suis prof, mais...". Ajoutez : "je fais de la politique" ou "j'écris des livres", ou encore "j'expose mes toiles dans une galerie parisienne". Ils sont alors à demi-pardonnés, puisqu'ils renient eux aussi ce métier si abject. Elle non. Elle est prof à plein-temps, elle aime ça, elle y croit, et même si on gagnait une fortune au loto elle continuerait de l'être.

Quand vient mon tour, en revanche, on me sourit, on s'intéresse, on me pose plein de questions empressées. Ca marchait quand j'étais manager d'un groupe de musiciens, ça a continué quand j'ai signé des articles dans un magazine en couleurs, c'est encore mieux maintenant que je fais des livres.

Qui, de nous deux, est le plus utile à la société ? Qui, de nous deux, est le moins égoïste dans sa vie professionnelle ? Qui, de nous deux, fait bouillir la marmite ? Sans conteste, celle de nous deux qui doit essuyer un mépris général de plus en plus palpable, et de plus en plus décomplexé. On vit vraiment dans un monde de cons.

mardi 2 juin 2009

Humeur du jour

Et merde...

Google est ENCORE en rade. Il va falloir que j'arrête d'utiliser Gmail, ça devient très handicapant tout ça.

Les cons, c'est comme les hirondelles...

...ça revient tous les ans pour annoncer le printemps.

Comme chaque année, ils sont là, pitoyables fiers-à-bras trônant dans des costumes trop grand pour eux. Exécrables usurpateurs mais fiers de l'être, avec leur sourire d'autosatisfaction en coin et leur bière dans la glacière.

Comme chaque année, je les hais. Je voudrais qu'un vétéran, un vrai, se dresse paisiblement en travers de leur chemin. Je voudrais qu'il les oblige à se rendre dans l'un ou l'autre des nombreux cimetières américains, britanniques, allemands ou canadiens qui parsèment la région, puis qu'il leur raconte simplement la courte vie de ceux qui reposent là. Des pauvres gars qui sont venus mourir sur nos plages, la trouille au ventre, fauchés dans leurs vingt ans, pour permettre à ces pathétiques guignols avinés de parader crânement soixante-cinq ans après, avec pour seul titre de gloire une bagnole kaki et un uniforme achetés en solde sur ebay.

Évidemment, avec le 65ème anniversaire et l'arrivée prochaine de Barack Obama, ils sont dix fois plus nombreux que l'an dernier. Il y en avait une cinquantaine rien que sur le parking du supermarché, tout à l'heure, et au moins autant dans les rues de ma petite ville. Je pense à la poignée de vétérans qui doivent faire le déplacement pour le Six-juin, et qui vont devoir subir le navrant spectacle de ces m'as-tu-vu jouant à la guerre. J'ai honte.

dimanche 17 mai 2009

Au salon du livre

Je suis allé faire mon intéressant au salon du livre de ma ville, aujourd'hui. J'avais embarqué une poignée d'exemplaires de mes bouquins dans un petit sac, et j'avais décidé de les distribuer à des tas de gens pour faire un peu de marketing sauvage. J'ai réussi au-delà de mes espérances, puisque j'en ai même fourgué un au maire qui faisait son entrée en même temps que moi, et qu'aucun type de la sécurité ne m'a mis un pain dans la tronche quand j'ai sauté sur l'élu.

Il faut dire que ça fait trois mois que je râle à qui mieux-mieux, que je grommelle dans mon coin et que je récrimine à tout bout de champ parce que je ne suis pas invité au salon du livre de ma ville. La nuisible qu'on a chargée de s'occuper des gens comme moi dans une institution grassement financée par la région et le ministère de la culture a décidé une bonne fois pour toute que je n'étais pas un vrai éditeur[1]. Je voulais organiser un "festival off" dans un bar voisin avec quelques copains auteurs, histoire de foutre un peu le bordel médiatique (je connais un journaliste que ça aurait bien fait rigoler), mais les copains en question y ont finalement tous été invités, ces gros lâcheurs... Alors je me suis retrouvé tout seul, avec mon idée de "off" dans ma culotte et ma coquille de Calimero sur la tête, à me dire que c'était injuste, vraiment trop injuste...

Et puis je suis entré sous le chapiteau, cet après-midi, et je les ai vus, tous, qui s'ennuyaient derrière leur table, et qui jetaient des regards implorants aux passants inflexibles. "Parlez-moi... Intéressez-vous à moi... Achetez-moi un bouquin... AIMEZ-MOI !" Parce que c'est ça, finalement, les salons du livre. C'est une foire cruelle où les ego douloureux viennent chercher l'amour du lecteur. Dommage pour eux, le lecteur est une allumeuse obscène, qui papillonne de table en table en distribuant les oeillades, mais n'accorde ses faveurs qu'avec parcimonie.

J'ai marché un peu dans les allées, et je me suis rappelé ma participation de l'an dernier (déjà pas invité, mais passager clandestin sur le stand d'un confrère qui m'avait pris sous son aile) : les sourires méprisants des Écrivains majuscules, la jalousie palpable de ceux qui ne vendent pas envers ceux qui vendent, les regards de biais, les "ah ! mon cher ami, vouzici" et les "comment allez-vous trèèèès chèèèère", et je me suis senti très très las.

Alors j'ai rejoint mes mômes qui faisaient les andouilles sur la pelouse, et on a décidé d'aller plutôt boire un coup chez des copains. Il est à craindre que je n'aie aucun avenir dans le monde de l'édition.

Notes

[1] Si si, je fais ça, maintenant : j'édite des livres. J'en écris aussi (ils ne sont pas très intéressants, mais bon). L'eau a coulé sous les ponts, hein ?