Ras le bol de cette nouvelle mode littéraire bien facile pour tout le monde, libraires, journalistes, lecteurs : on s'ébaubit[1] devant des bouquins pondus en trois semaines par des auteurs flapis. Ca se lit tout seul, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais ça économise les neurones. Je cite la quatrième de couverture de L'Etourdissement : "Un humour irrésistible, qu'illumine une réelle poésie, fait la charme de ce quatrième roman de Joël Egloff". C'est moi qui souligne les trois mensonges : ça pourrait éventuellement faire sourire si l'auteur avait utilisé un stylo plutôt qu'une hache, il n'y a aucune poésie, et ce n'est pas un roman.

C'est un texte de potache qui aurait pu donner un blog rigolo. De là à en faire un prix littéraire, il y a une marge, je trouve. La dernière fois que j'ai lu un truc aussi creux, c'est quand j'ai voulu ouvrir le bouquin de Faïza Guène parce qu'elle m'avait fait rire (sur France Inter, justement). Les deux sont exactement pareils : on sent l'auteur qui se dit "j'ai trouvé un petit univers à décrire. Je vais me vautrer dedans avec la pire complaisance pendant 150 pages, et on prétendra que c'est un roman". Pas la peine de se faire chier à avoir un propos, imaginer une intrigue, travailler un style, ou essayer de renouveler quoi que ce soit : on risquerait de perdre des lecteurs en chemin, et les heures supplémentaires ne sont pas prévues dans l'à-valoir. L'éditeur, lui, il se frotte les mains : ça fait des bouquins qu'on lit comme on zappe (on peut même faire les deux en même temps, si on veut), du coup ça se vend comme des petits pains. Quant au lecteur, ça lui coûte des sous, mais il est ravi : 142 pages imprimées en gros caractères et en double interligne, c'est un investissement bien léger pour jouer les "je lis de la littérature" en société. C'est quand même plus pratique que de se taper Cent ans de solitude. Celui-là, il est trop épais pour servir à autre chose qu'à caler les meubles.

Ca m'énerve !

Notes

[1] Je crois que ce mot est un régionalisme. Mais je l'adore.