Je suis un sale con
Par M. LeChieur, vendredi 8 août 2003 à 00:00 :: J'aime pas les gens :: #107 :: rss
Plus je vieillis, plus je deviens un sale con radicalement misanthrope, et plus je me sens seul au milieu des gens.
Je hais la télévision. Je la hais vraiment. Je ne supporte plus la gaieté feinte de ses animateurs à l'encéphalogramme plat. J'exècre le sourire des présentateurs de journaux télévisés. J'abhorre ses divertissements aliénants, ses téléfilms insipides et ses tunnels de pub criarde. Quand j'allume ma télé, j'ai l'impression de vivre un mauvais film de science-fiction. Et, comme c'est une expérience que je m'inflige à une fréquence de plus en plus rarissime, à chaque fois c'est pire.
Hé, les téléspectateurs, réveillez-vous !
Comment pouvez-vous supporter de vous faire ainsi traîner dans la boue ? Comment pouvez-vous regarder passivement un média qui vous prend pour des cons, qui vous désinforme à longueur de journal télévisé, qui vous balance de la soupe en continu, qui vous transforme en voyeurs de la misère intellectuelle des autres, qui fait l'apologie de l'astrologie, des jeux débiles, des starlettes à deux balles, de la politique de Café du Commerce et du poujadisme rampant ?
La télé rend con, et je pèse mes mots. Parce qu'il faut quand même avoir les neurones sacrément liquéfiées pour passer deux heures devant Arthur ou Flavie Flament, et ensuite aller chez le marchand de journaux se jeter sur Gala ou Voici pour savoir avec qui ils couchent et s'ils aiment bien la drogue.
Faut avoir redoublé dix fois son CPPN pour croire que Jean-Pierre Pernaut est un journaliste, et que "Questions pour un Champion" est une émission culturelle ! Faut pas être plus malin que les chiens qui mangent leur propre merde pour regarder Koh-Lanta ou l'Ile de la Tentation et penser qu'on est toujours au pays des Droits de l'Homme.
La télé se vautre dans l'abrutissement généralisé, et plonge le monde dans une torpeur intellectuelle que Hitler, Staline, Franco, Mussolini et Pinochet n'auraient même pas osé rêver pour asseoir leurs dictatures.
Qu'on ne vienne surtout pas me faire chier avec les alibis habituels, Thalassa, les documentaires de la Cinq ou les Thema d'Arte. La télé met le cerveau en mode "veille", quel que soit le contenu. Et j'ai plus de respect pour quelqu'un qui lit le pire bouquin de Barbara Cartland que pour le téléphile patenté qui ne regarde que l'émission de Philippe Lefait à deux heures du matin en prenant des airs inspirés. Parce qu'au moins, quand on lit, même la pire insanité, on fait un peu fonctionner ses cellules grises.
La télé abrutit les gens, installe le fascisme au deuxième tour des présidentielles, vide les théâtres et les bibliothèques. Elle est même nuisible à la bonne marche économique du pays : quand on voit le pourcentage de gens qui la regardent tous les jours jusqu'à une ou deux heures du matin, faut pas s'étonner de croiser des zombies le lendemain. Faut pas non plus s'étonner de voir des générations entières de frustrés de la culotte se venger en organisant des tournantes dans les caves : ça fait quinze ans que Canal-Plus leur fait croire tous les samedis que la femme est une sorte de grosse poupée gonflable tempérée à 37° qui adore gémir lascivement quand on la prend à plusieurs. Ces pauvres idiots boutonneux sont convaincus qu'éjaculer sur le visage de leur partenaire, c'est le nec plus ultra de l'érotisme, parce qu'ils le voient faire dans tous les films pornos !
Bon, vous allez m'objecter que je ne fais que rebâcher des vieux clichés. Et c'est vrai. Mais ce qui m'insupporte au plus haut point, c'est de voir que PERSONNE ne s'élève publiquement contre les méfaits de la télé. Ses ravages sont quand même dix fois plus graves que ceux des OGM et de la malbouffe, à mon avis. Et qu'est-ce qu'ils en disent, les altermondialistes de mes deux ? Rien. Ils s'en servent pour montrer le joli profil de José Bové.
Si je faisais de la politique, mon premier engagement en cas d'élection, ce serait de nationaliser toutes les chaînes de télévision, d'y interdire formellement toute forme de publicité ou de partenariat, et d'envoyer le patron de Médiamétrie au chômage. D'ailleurs, le type qui a inventé le concept de "mesure d'audience", j'espère qu'il est mort dans d'atroces souffrances.
Bon, allez, après tout, je m'en fous, de la télé. Je la regarde pas, et si les gens ont du plaisir à se faire prendre pour des cons par des salauds, c'est leur problème. Ma vraie angoisse est ailleurs : ça fait des années que la radio a pris le même chemin que la télé. Pour raisons professionnelles, je me suis trouvé dans l'obligation d'écouter RTL et Europe 1, ces temps-ci. C'est là que j'ai réalisé à quel point France-Inter est une bulle d'intelligence dans le "paysage audiovisuel", comme ils disent. Et je me demande surtout combien de temps ils vont encore pouvoir tenir.




Commentaires
1. Le mardi 2 mars 2004 à 03:41, par alfred nonimousse
2. Le mardi 2 mars 2004 à 08:05, par alfred nonimousse
3. Le lundi 22 novembre 2004 à 22:00, par Jordy
4. Le mardi 15 février 2005 à 15:36, par levia
5. Le jeudi 16 juin 2005 à 14:45, par Nonal
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