Le grenier de Nonal

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samedi 22 août 2009

Sale bête

Adoncques, nous adoptâmes un chat. Photogénique et toutes-options[1], certes, mais néanmoins destiné à mener une vie de chat : squatter le canapé, torturer des souris, se gaver de croquettes qui puent, mordiller les doigts de pieds des gens qui tâtonnent vers la cafetière, être transformé en ballon de football (consécutivement aux opérations de mordillage matinal décrites ci-dessus, faut pas me faire chier avant le premier café de la journée), ou encore sortir dans le jardin voir si j'y suis.

Le problème, c'est que les chatons sont des gens qui ne sortent pas tout de suite, si j'en crois la dame de la clinique vétérinaire. Trop petits, trop fragiles, pas assez vaccinés... Il faut savoir que la cour qui jouxte mon jardin fait l'objet depuis des lustres d'une guerre territoriale permanente, on dirait le Kashmir. Dans le rôle de l'Inde, un gros matou ébouriffé et borgne, genre "pas besoin de force de frappe nucléaire, je reste à la frontière". Du côté pakistanais, un petit greffier tout sec qui passe son temps à fomenter des coups tordus. Sans parler des agents de la CIA occupés à rôder dans le coin (d'épisodiques chats de gouttière qui siffloteraient un air des Stray Cats pour se donner l'air dégagé, s'ils avaient des lèvres et un peu de culture musicale). Et évidemment, tout ce joli monde est joyeusement contaminé par la leucose féline. Je suis bien placé pour le savoir, vu que c'est Mousse, légendaire Mata-Hari du conflit félin susdit et défunte chatte de mes anciens voisins, qui leur a refilée... Du coup, pas question de laisser prématurément l'autre ravi de la crèche, avec ses grands yeux jaunes et ses oreilles en pointe, au milieu de l'ambiance pré-apocalyptique. On a préféré attendre qu'il soit vacciné avant de lui ouvrir la porte.

Au début, pas de problème. Le jeune (et déjà prétentieux) animal n'avait même pas imaginé qu'il puisse exister un ailleurs où poser ses précieuses pattes, on était tranquilles. Mais, peu à peu, l'atavisme a fini par l'emporter sur la stupidité. Et la bête a voulu sortir.

En résumé, il n'a plus jamais été question d'ouvrir la porte sans avoir Flèche-Grise qui frétillait du cul pour bondir et se frayer un chemin entre nos jambes. Vingt fois par jour, ma maison s'est mise à trembler sous de retentissants "PUTAIN ! LE CHAT !" dès que quelqu'un essayait de s'y introduire ou d'en sortir, c'était pratique. Mes héritiers ont dû gagner facilement dix points de névrose, avec ça :

"Papa, je suis tombé de vélo, je m'ai fait mal aux...
— Putain ! Le chat !
— Papa, à l'école le maître a dit que...
— Merde ! Le chat !
— Papa, je t'aim...
— Bordel ! Le chat !"

Histoire de couper court à ces désordres familiaux susceptibles de faire la fortune des psychanalystes du futur, on a rapidement fait ce qu'il fallait : la première visite chez le vétérinaire ("Ah non, on ne va pas le vacciner tout de suite, il est trop petit. Revenez dans deux mois."). La vaccination ("Ah non, il ne faut pas le laisser sortir maintenant, pas avant son rappel"). Et enfin, le rappel de vaccination ("Ah non, il faut attendre quinze jours pour qu'il soit réellement protégé").

On a passé des semaines à l'intercepter sur le seuil de la maison, à lui courir après dans le jardin, à s'y mettre à quatre pour le cerner avant de le ramener manu militari à son panier... Mais depuis dix jours, tout le monde respire. Ayé. Il a ENFIN le droit de sortir.

Hébin depuis qu'il a l'autorisation, il n'ose pas, le con.

Il a la trouille.

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Notes

[1] Comprenne qui peut.

vendredi 15 mai 2009

Les chatons, c'est rien que des cons

J'ai un chat. Un nouveau, je veux dire, vu que l'autre salopard s'en est définitivement allé se faire écraser (ou kidnapper, allez savoir) il y a six mois.

C'est gentil, un chaton d'un peu plus de deux mois. Mais c'est surtout très con. Ça passe son temps à se faufiler sous les portes qu'on ferme pour se faire décapiter, ça joue furieusement avec les fils électriques jusqu'à ce qu'ils fassent "dzzz", ça griffe son monde à en prendre des grandes baffes dans la tronche, ça mordille les pieds nus de l'homme qui se dirige à tâtons vers son premier café du matin histoire de se prendre un bon coup de tatane dans les fesses, bref c'est vivant...

Ce matin, cet abruti a tenté de sauter sur mon bureau.

Raté.

Roulé-boulé, chute, couinements à déchirer les tympans... Forcément, la chose a fini chez la vétérinaire, en urgence, une patte en vrac. Quand je dis "chez le vétérinaire", évidemment j'ai pas choisi, j'ai appelé la seule clinique pour bestioles à vingt kilomètres à la ronde. Celle où la secrétaire est payée pour vous fourguer de la croquette light au prix du caviar, où l'on est TOUJOURS suspect quand on apporte un animal blessé ou malade, où l'on ne vous dit pas bonjour et où l'on ne vous sourit qu'au moment de vous faire dégainer le carnet de chèques. Bref, la clinique vétérinaire pour vieilles citadines pétées de thunes, le truc spécialisé dans les chiens-chiens manucurés à leur mémère. En bon gars de la campagne, je hais ces gens-là, c'est atavique. La dernière fois qu'ils ont vu le cul d'une vache ou le croupion d'une poule, ça devait être sur une fiche de révision imprimée en quadrichromie, au moment des examens de première année...

Bref. L'autre imbécile se pelotonnait dans mes bras en tremblant et en chouinant, alors la bonne dame en blouse blanche a décidé de l'anesthésier pour lui faire sa radio. "Je n'ai rien vu sur le cliché, mais ce petit animal semble souffrir le martyre, je pense qu'il s'est fêlé le col du fémur... Il n'y a rien à faire, à cet âge-là ça va se réparer tout seul." Et hop, 139 euros pour le truc qui va se réparer tout seul.

Dix minutes après, le cinéma était fini. Monsieur "je souffre le martyre" entreprenait l'ascension d'une chaise paillée par la face nord après avoir foutu le bordel dans la poubelle, joué au flipper avec une godasse, sauté sur mon dos toutes griffes dehors et mordillé les deux tiers des habitants de ma maison.

"Surtout, ne vous inquiétez pas s'il ne mange pas, ce soir, après le traumatisme qu'il a eu..."

Bin tiens. Non seulement il a vidé sa gamelle en rentrant, mais il a braillé jusqu'à ce qu'on fasse le réassort, parce qu'il trouvait sa portion un peu chiche.

139 euros.

Salopard de chat.

dimanche 10 juillet 2005

Trente millions d'abrutis

Mes deux fidèles compagnons s'entendent mieux que jamais : le chien fait des trous dans la pelouse, et le chat passe des heures à guetter au bord, des fois qu'un os en sortirait. Abrutis, mais complémentaires.

Ce soir, dans le jardin qui sent la lavande, j'ai fait mon petit passage en revue : câlins bêtifiants avec le félin, puis une bonne partie de pouic-ball avec le monstre qui pue. Ca a fait des jaloux : un martinet qui passait en a profité pour me chier sur la tête.

Les bestioles, c'est rien que des saloperies.

dimanche 29 mai 2005

Crise d'adolescence

Et voilà !

On leur donne le biberon, on veille jalousement sur leur croissance et leur épanouissement, on essaie de leur donner la meilleure éducation possible... Et puis ils grandissent trop vite.

Alors qu'ils ne pouvaient pas se passer de nos genoux, de nos câlins et de notre présence, les voilà qui feignent de nous ignorer quand on les croise dans la salle de bains. Ils sortent le soir, avalent n'importe quoi, rentrent aux lueurs de l'aube, et font la grasse matinée jusqu'à 14 heures. Nous, pendant ce temps-là, on s'active pour leur offrir des conditions de vie suffisamment dignes, et pour leur mitonner des petits plats qui ne susciteront qu'une moue boudeuse.

Le mien disparaît toutes les nuits, maintenant. Quand il revient, c'est un véritable zombie. A peine un signe de tête, et il s'affale dans le canapé pour récupérer de ses frasques. Il a des fréquentations de plus en plus douteuses, je crois même qu'il se bat.

Alors j'attends ses retours, le coeur serré. Et je savoure tant que je peux ces trop brefs instants de complicité qu'il accepte encore de m'accorder parfois.

Les chats, c'est vraiment des ingrats.

mardi 6 juillet 2004

Epilogue

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Comme je le disais il y a quinze jours, Dame Nature est vraiment une fieffée salope.

Après avoir survécu au chat, au chien et aux chutes, notre amie la pie est morte cette nuit, sur le bureau où je tape ces lignes.

En quinze jours, ce volatile avait réussi à apprivoiser toute la maisonnée : elle sautait sur les genoux des enfants, réclamait sa bouffe en piaillant, et se baladait sur mon ordinateur pour frimer.

Et puis, hier soir, une alerte : son gosier était devenu tout blanc. Je l'ai pas emmenée chez le vétérinaire : trop crevé, trop tard, un peu la honte, aussi, de débarquer avec un animal sauvage (les vétos qui se respectent ne font pas payer la consultation pour ce type de bestioles). On verra demain.

Ce matin, c'était tout vu. Il a fallu que je raconte aux enfants que la pie s'était envolée, et qu'elle avait retrouvé ses parents.

Bon bin voilà. On va pas en faire tout un plat pour un oiseau, on va pas tomber dans un sentimentalisme à deux balles pendant que des enfants meurent à tous les coins de rue du monde, mais j'ai quand même les boules.
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La vie est une tartine de merde.

mardi 29 juin 2004

Cui cui cui

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Adoncques il arriva que j'ai adopté une pie. Et que ce volatile, nourri à la patée pour chats sur les conseils d'un vétérinaire de mon entourage, a rapidement repris du poil de la bête : ça se cachait dans l'herbe, misérable et claudiquant, quand je l'ai récupéré. Voilà que ça se dresse sur ses pattes pour râler quand la bouffe n'arrive pas assez vite à son goût... Essayez de m'imaginer, moi Nonal le Chacal, fondateur de l'ordre du Gastéropode Lumineux, donnant la becquée à une bestiole qui s'endort sur mon ventre une fois repue...

J'ai consulté quelques témoignages de sauveurs de pies sur le ouaibe, je fais même partie d'une liste de discussion consacrée à ce sujet (!), eh bien en vérité, je vous le dis, je suis pas sorti de l'auberge. Non seulement la pie bavarde s'apprivoise aussi facilement que je me mouche, mais il semble qu'en plus elle aime ça, la bougresse. En tout cas, la mienne ne manifeste aucune vélléïté d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs, ou si les lombrics ont le même goût que la terrine de cabillaud de chez Ron-Ron. Quant au chien le plus bête de l'Ouest, il a fini par comprendre qu'on ne bouffe pas l'amuse-gueule qui se trémousse sous son nez. Mais ça lui fait mal au coeur : ce soir, il s'est retenu parce que la soumission au Maître, c'est une religion pour laquelle il manifeste généralement des penchants extrémistes. Mais il en tremblait de colère.

Demain, j'adopte un varan de Komodo. Et après, je construis un bateau en attendant le déluge.

mercredi 23 juin 2004

Sale temps pour les piafs

zimageExcusez-moi de dire ça, mais Dame-Nature est vraiment une belle salope. A quoi ça sert de se faire chier tout le printemps avec les parades amoureuses, la nidification, la couvée et l'éducation des petits, si c'est pour qu'une stupide bourrasque vienne tout foutre par terre ?

Catastrophe thermonucléaire chez les pies. Leur oisillon, sûrement le dernier de la nichée vu la taille, a été emporté par le vent. Il a été sonné, le chien a voulu le bouffer, mais ça va, il se remet tranquillement dans mon sous-sol. Le problème c'est qu'une heure plus tard, une deuxième rafale a fait tomber la Villa des parents. Depuis, c'est la panique : ça s'agite, ça craquette à tout va, ça s'inquiète sûrement, mais je ne vois pas d'issue au problème. Sans nid, je peux pas leur rendre le petit : il va se faire bouffer par les chats du quartier dans l'heure qui suit.

Vous avez déjà vu un nid de pie ? C'est incroyable, le boulot que ça représente. Une base en grosses branches, puis des fondations en terre séchée, une charpente circulaire en brindilles de plus en plus fines, et à l'intérieur, un tendre coussin d'herbes fines. Des heures et des heures de boulot, une science innée de l'architecture, une intelligence pratique jamais démentie... Les promoteurs immobiliers feraient bien d'en prendre de la graine. J'aurais du mal à reproduire un ouvrage aussi fin avec mes mains, alors avec un bec... Quand on pense que ces oiseaux n'ont même pas d'assurance multirisque-habitation, ça file le vertige.

En attendant, me voilà tuteur légal d'une magnifique petite pie. Pour fêter l'adoption, elle m'a chié dessus deux fois, je sens que notre histoire est partie pour durer.

Du coup, je suis allé voir comment ça se passait chez les tourterelles. Rassurez-vous, ça tient le coup. Voilà de bons parents : depuis que les petits sont nés, on revoyait le couple Tourterelle sortir de temps en temps. Ils devaient se refaire les promenades de l'époque insouciante : un petit tour sur mon toit où ils se sont rencontrés, un autre sur la haie du voisin, une virée sur le lampadaire... Maintenant, je sais pourquoi on dit "des tourtereaux" pour désigner des amoureux : ces bestioles-là ne se déplacent qu'à deux. Mais le vent a commencé à souffler, alors Madame Tourterelle est illico retournée à son poste. Depuis, elle veille au grain, avec l'obstination qui la caractérise depuis qu'on s'est rencontrés.

Demain, je vous donnerai des nouvelles des hirondelles.