
Cher Monsieur Le Chieur,
Depuis toutes ces années qu'on prélève chaque mois 110 euros sur votre compte bancaire pour payer le gaz et l'électricité dont vous n'arrivez pas à vous passer, voilà que pour la première fois votre banque refuse le prélèvement. Ne vous inquiétez pas, nous n'en mourrons pas. Cet incident mineur ne vous sera pas surfacturé : avec tous les profits qu'on fait sur votre dos, ce serait bien le comble ! Vous pouvez nous envoyer les sous si vous le désirez pour gagner du temps, sinon nous renouvellerons la demande de prélèvement dans X jours. Dans l'attente, nous vous prions de recevoir toute notre sympathie. (Signé) Vos amis d'EDF-GDF".
Ca, c'est dans mes rêves. La réalité, c'est ça (ce sont eux qui mettent les mots en gras) :
"La somme de 110 euros reste donc à régler. Elle correspond à la mensualité de votre échéancier. Vous pouvez la régler par tout moyen à votre convenance auprès de votre agence dont l'adresse figure au bas de ce courrier. Votre règlement est attendu avant le 18 janvier 2006.
Le traitement spécifique de votre dossier implique des frais de gestion de 18,42 euros TTC. Ils apparaîtront sur votre prochaine facture.
J'insiste auprès de vous sur son urgence. En effet, s'il n'est pas enregistré pour cette date, la fourniture d'énergie sera suspendue ou fortement réduite et les frais liés à cette intervention de 45,45 euros TTC, à votre charge."
Précisons que la lettre est datée du 11 janvier (et que je l'ai reçue le 13). Précisons également que ce prélèvement refusé ne correspond à aucune prestation facturée, juste à une provision dans l'attente de la prochaine facture. Précisons enfin que le "traitement spécifique" de mon dossier consiste en la sortie d'un courrier type sur l'imprimante d'un salarié d'EDF, et en la dépense d'un affranchissement au tarif lent. J'ignorais qu'une semaine de retard dans la réception d'un prélèvement provisionnel, une feuille de papier A4, quelques microgrammes d'encre noire et un timbre au tarif lent pouvaient coûter 18,42 euros (120,82 F) à ces pauvres gens d'EDF-GDF.
Tu ne peux pas payer un truc que tu ne dois pas vraiment ? On te donne 4 jours pour le faire, on te facture 120 balles pour ça, et on menace de supprimer une fourniture qui t'est essentielle, puisqu'il s'agit de ton chauffage, ton eau chaude sanitaire, et ta gazinière. Au passage, ton banquier prélève sa part : 50 euros pour compenser l'incommensurable surcharge de travail qu'il a subie en cliquant sur "non".
Ca s'appelle du racket caractérisé. S'il n'y avait pas autant de pauvres à tondre tous les jours, on se demande comment tous ces fumiers patentés feraient pour gagner leur fric.
Bienvenue dans le paradis libéral du 21ème siècle. Un paradis où, pour être fauché, faut drôlement avoir les moyens.