mercredi 31 août 2005

Play-back

Gloire à Saparmourad Niazov, le président bien-aimé du Turkménistan. Si l'on en croit 404 - Brain not found[1], cet ubuesque chef d'état vient d'interdire l'usage du play-back dans son pays (notons qu'il y a aussi publié des décrets contre l'opéra, les ballets, la barbe, les cheveux longs, ou les dents en or).

Enfin une mesure courageuse ! Vive Saparmourad Niazov ! Vive Zorglub ! Eviv Bulgroz !

Non mais ho, c'est vrai, quoi, le play-back, c'est de la merde.

Par exemple, je connais un monsieur télévisé qui pose au défenseur de la chanson française (genre "je suis le dernier rempart culturel contre les invasions barbares"), depuis plus de vingt ans. Ce monsieur-là, je l'ai vu sur son plateau, à l'époque où je travaillais dans la musique. L'attachée de presse de la maison de disques avait eu la bonne idée de faire inviter le groupe que je manageais dans son émission, et, pour des raisons que je n'arrive pas encore à analyser, on n'avait pas eu l'intelligence de donner la seule réponse qui convenait : non !

C'était une émission très sympa à faire. Tout le monde était bien gentil : le réalisateur hurlait sur la scripte, la scripte hurlait sur les artistes, la maquilleuse hurlait sur son assistante, les cadreurs se hurlaient les uns sur les autres, bref l'ambiance était super détendue. A un moment, j'ai eu l'envie charitable de leur distribuer des armes de poing : non seulement ça aurait pu leur rendre service, mais surtout c'eût été le seul moyen d'assainir une ambiance beaucoup trop douloureuse pour nos tympans fragiles.

Donc c'était une émission en play-back. Total. Non seulement les chanteurs faisaient semblant de se trémousser sur bande ("super, ton lipping, coco !"), mais rien n'y était vrai. Le public était absent, l'animateur aussi, et on enregistrait les séquences "musicales" à un rythme d'enfer, style "heures de pointe à l'abattoir industriel", mais en moins humain. Si jamais t'étais en retard pour attaquer la troisième prise, le réal te braillait dessus, mais encore plus fort. Trèèèèès sympa. A un moment, un chanteur qui vend beaucoup de disques aux dames ménopausées est arrivé dans la lumière. Mon collègue m'a soufflé : "t'as vu ? Même ses cheveux sont en play-back", et on a rigolé comme des hyènes en voyant les reflets scintillants dans la moumoute en pur lycra. Après, dans les loges, on a vu l'Animateur (A majuscule, immmmmmense ego, très gros connard) qui faisait son entrée, drapé dans son écharpe en cachemire. Très "je suis une diva, je ne fais jamais caca, ne me parlez pas". Il est allé droit sur une chanteuse vieillissante qui s'apprêtait à tourner sa séquence en tremblant, et il l'a tout de suite mise en confiance. Il lui a dit : "je regrette que mon assistante vous ait programmée dans cette émission. Pour moi, vous n'êtes qu'une médiocre et une ratée". L'autre, évidemment, il a fallu lui faire un raccord de maquillage, avec son rimmel tout coulé...

Eh bin le dimanche suivant[2], j'ai regardé la télé. Et j'ai vu l'animateur-très-méchant qui faisait son onctueux, qui accueillait les "vedettes", et le public qui applaudissait à tout rompre. Etonnant. J'espère que ces malfaisants versent des sous aux descendants d'Eisenstein, l'homme qui a inventé le montage, parce que sans lui ils seraient encore obligés de faire de vraies émissions, avec des chanteurs et un public.

Mais revenons au play-back.

Comme vous le savez, il y en a deux sortes : le PBO et le PBC. En PBO, le gars chante vraiment dans le micro et les musiciens font semblant. En PBC, tout le monde court après le disque en essayant de ne pas avoir l'air trop con ("Ah merde, coco, t'as raté ton lipping en direct... Maintenant, la France entière va se foutre de ta gueule...").

En radio, quand il y a du "live", le plus souvent c'est du PBO. Chez nous, ça se traduisait par deux heures de train, puis une demi-heure de métro avec plein d'instruments en bois (dont une contrebasse, quand même. Vous avez déjà voyagé dans un compartiment de seconde avec ce truc ?), uniquement pour taper la frime devant le public du studio 105... Ces jours-là, on se dit qu'on collabore à la vacuité organisée, et qu'on sera tondu à la Libération... (Il faut reconnaître que, bons gars, les musiciens avec qui je travaille ont essayé PLUSIEURS FOIS de faire du vrai live dans une émission où les autres étaient en play-back. Résultat : les ingénieurs du son, rendus sourds et aveugles par de nombreuses années d'assoupissement, les sous-mixaient généreusement. A l'antenne : de la soupe. Heureusement, il y a encore des émissions de France-Inter où ça joue vraiment : Pollen, le Pont des Artistes...)

Mais le plus rigolo que j'aie vu, c'est une émission de radio (que je ne citerai pas), où certains chanteurs faisaient du PBC... Ouais ouais, du play-back complet à la radio... En français, ça s'appelle "passer un disque", je crois... Eh bin non : là, on déplaçait le chanteur. A LA RADIO !

Et le summum, dans cette émission, ce fut ce vieux crooner encore joli, qui présentait son nouvel album au micro de l'animateur. "Eh bien Machin, tu vas nous interpréter ton dernier single ? — Tout à fait Bidule... Le temps de passer derrière le piano".

Détendu, le mec. Très, très rompu au foutage de gueule généralisé, des années de carrière derrière lui. Parce que non seulement c'était du play-back, évidemment, mais en plus vous vous doutez bien qu'on ne s'était pas fait chier à louer un Steinway pour ses beaux yeux... Et le public, 200 personnes qui avaient poireauté des heures devant le studio pour avoir une place, et qui se demandaient où il avait rangé son trois-quarts de queue...

Le soir, j'ai eu ma mère au téléphone. "Alors ? T'as vu Machin en vrai ? Il est gentil, hein ?". Eeeeh non, maman. Ça aussi, c'est du play-back...

Notes

[1] qui le tient de Chryde (qui l'a su en lisant Globe & Mail, ça va, vous suivez ?)

[2] Evitons les malentendus : il ne s'agit pas de M*chel Dr*cker. Lui, il est vraiment gentil, même quand les caméras sont éteintes.

jeudi 4 août 2005

Rhô lô lô...

Un jour, j'ai écrit une chanson.

Je vous raconterai les circonstances exactes plus tard, quand tous les autres protagonistes seront décédés. Disons que c'était pour dépanner, que je l'ai bricolée en une nuit, et qu'elle a été enregistrée sur un album. Plus tard, le groupe avec lequel je travaillais est même reparti en studio pour en faire une version "single" (une escroquerie assez courante dans l'industrie du disque, ça, les "versions single" : en gros, le pékin moyen entend une jolie chanson à la radio, achète compulsivement l'album où elle figure, et paf ! C'est pas la même ! Elle a été refaite entre-temps, pour pas dépasser les 3 minutes 30 fatidiques en radio, pour que le mixage supporte mieux la compression de cheval de certaines stations, ou tout simplement parce qu'elle était ratée dans la version initiale).

Bon, je vous rassure tout de suite : c'est pas demain la veille que je ferai bâtir une villa tropézienne avec mes droits d'auteur. D'abord parce que ça n'a pas vraiment fait le tube du siècle (ce que je prévoyais à l'époque avec une lucidité qui m'honore, je trouve. Si si), et ensuite, parce que selon l'axiome toujours valide, "Nonal is always fucked off"[1].

Donc, hier soir, je rangeais mon disque dur, quand je suis tombé sur ce morceau. Par fatigue ou par réflexe, j'ai double-cliqué. Eh bin j'ai découvert avec effarement que je ne me souvenais plus des paroles. Plus du tout.

Soit c'est un magnifique cas d'école pour illustrer la notion d'acte manqué, soit je suis bon pour l'hospice.

Notes

[1] pour les oisifs que ça intéresse, je n'ai pas pu adhérer à la SACEM au moment de la sortie, parce que la phrase de refrain n'est pas de moi, et que j'étais salarié d'une espèce de maison de disques. Je l'ignorais, mais le statut envié de sociétaire de la SACEM, uh uh, n'est pas facilement compatible avec les activités de management. Parce qu'on est immédiatement présumé coupable d'un chantage très à la mode dans les années 60-70. Ça consistait à dire "formidable, ta chanson, coco ! Je te fais signer un contrat, mais d'abord tu prétends que je l'ai co-écrite". Aujourd'hui, donc, cette pratique est interdite. Ceux qui en avaient fait une habitude ont évidemment trouvé un autre moyen pour s'en mettre plein les poches avec des procédés similaires, mais les gentils losers dans mon genre se voient du coup refuser leur sacro-saint droit à la propriété intellectuelle...

dimanche 31 juillet 2005

Nos amis les bretons

Quand mon précédent métier me faisait encore manger, il y avait un truc qui faisait toujours fantasmer les interlocuteurs naïfs : "wouah ! Toutes ces rencontres sur les festivals, avec les autres artistes, ça doit être génial !".

Bin tiens. Pis pas qu'un peu.

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vendredi 27 mai 2005

On passe à la télé (2)

Résumé de l'épisode précédent : Nonal et les musiciens avec qui il travaille ont été escortés par des motards.

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Quand on arrive sur le site de l'enregistrement, les organisateurs nous parquent dans une vaste salle grise avec le sol en ciment. J'accoste un gars qui passe : "Pardon, c'est où les loges ? -- C'est ici -- Comment ça, ici ? -- Oui, vous avez tous une loge collective, on a trouvé ça plus accueillant -- Attends, tu rigoles, ici c'est le backstage -- Ouais. Mais ça sert de loges, aussi. Et de foyer des artistes -- Et le catering[1] ? -- C'est là aussi. -- Mais si je veux m'isoler avec un bouquin ? -- Les chiottes sont au fond, là-bas !"

Quand je comprends que je vais passer les vingt prochaines heures dans la promiscuité totale, au milieu d'une horde d'attachés de presse et de gens à qui je n'ai rien à dire, je réprime difficilement un sanglot. Bob Woodward s'approche de moi : "bin tu vois, Nonal, c'est dans ce genre d'endroits que je suis content de vivre avec une femme qui fait un métier normal". Tu m'étonnes, Bob !

Coup d'oeil circulaire dans la salle : il y a là les participants habituels de ce genre de "galas" (règle numéro 1 quand tu travailles dans la musique : le jour où quelqu'un prononce devant toi le mot "gala", tue-le ou barre-toi. Le gala est au concert ce que Francis Huster est à Gérard Philippe). Une dizaine de très jeunes "révélations" (un single au top 50, et après tu disparais), quelques vieilles choses sur le retour ("eh, Nonal, tu sais qui c'est la vieille que tu viens de bousculer ? -- Bin non -- P'tain, c'est BONNIE TYLER ! -- Rhôôôôô non ? -- Si si"), et puis nous. Enfin eux, les musiciens, et puis, moi, le manager. A un moment, je vous jure que c'est vrai, mes copains ont pris leurs instruments, et comme ils se faisaient un peu chier, ils ont JOUE DE LA MUSIQUE. Ca a scié l'assistance toute entière. "Comment, des musiciens, ici ? Avec des instruments en bois ? Diiiingue !".

Et puis l'enregistrement de l'émission a commencé. Un animateur de troisième zone est monté sur la scène, et il a commencé à citer les noms des gens que l'assistance en liesse[2] allait pouvoir regarder faire semblant de chanter. "Et je vous demande d'applaudir... LORIE (tonnerre d'applaudissements)... ainsi que... BONNIE TYLER... (triomphe, cris de joie du public)... et puis... BILLY CRAWFORD (évanouissements dans la salle)...", etc. etc. Et finalement le gars a dit "et faites aussi un triomphe à..." (et il a cité le nom du groupe avec qui je travaillais). Et là, silence de mort dans la salle : pas un bruissement, pas une respiration, rien. Je crois que c'est à ce moment précis que j'ai commencé à rire nerveusement.

Après, c'est devenu l'enfer. Pendant que "leurs âââârtistes" se relayaient sur la scène, les attachés de presse se sont lancés dans le concours du plus gros ego (sans suspense, ils sont tous arrivés ex-aequo).

Attaché de presse dans une maison de disque, c'est un boulot très bizarre. On a des "âââârtistes", on vogue de fête en fête, on tutoie les plus grands, et on rivalise d'invention pour se mettre en valeur (tout en faisant semblant de rester au service des âââârtistes). En tout cas, c'est ce qui ressortait du brouhaha général. Le nôtre, d'attaché de presse, il souffrait le martyre, le pauvre : tous ses petits camarades avaient la chance d'avoir des ââârtistes normaux. Disques d'or au moins, jeunes, beaux, bien habillés, et diffusés sur les radios jeunes. Lui, il se traînait une bande de culs-terreux depenaillés que personne ne connaissait, qui rigolaient comme des hyènes, et qui faisaient chier parce qu'ils avaient honte de faire du play-back. Alors il était bien obligé d'en rajouter. Plus la soirée avançait, plus il parlait fort : "et toi, t'es allé à la soirée de M6 sur la péniche, samedi ? Ah non, il paraît que c'était minable. La fête de TF1, en revanche, c'était GE-NIAL, il y a MACHIN qui est passé, tu savais qu'il est avec BIDULE, maintenant ?". A un moment, n'en pouvant plus, j'ai essayé de faire de l'humour. J'ai demandé à Bob Woodward, sur le même ton : "et toooâ, t'es allé à la fête de Ouest-France sur une barcasse au milieu de la Vire ? Y avait des oeufs de lump, on s'est E-CLA-TES ! MACHIN est passé, tu savais qu'il couche avec TOUT LE MONDE ?". Mes copains ont rigolé comme des baleines. Les autres m'ont regardé en se demandant s'il fallait appeler la sécurité pour me sortir. Et l'attaché de presse m'a fait la gueule pendant les 24 heures qui ont suivi.

Bon, ça a encore duré des heures comme ça. A la fin, mes copains ont suivi le reste de la troupe dans une boîte minable, où deux ringardes à peine sorties du Loft se déhanchaient piteusement (sous les yeux de dizaines de danseurs professionnels qui n'osaient pas aller sur la piste de peur de les humilier). Moi, j'étais déjà dans ma chambre d'hôtel, avec un bouquin.

Le premier indicateur, quand tu fais une télé, ce sont les retours d'impression : la fois où le groupe avait joué dans une émission dominicale animée par un présentateur très gentil, plein de gens nous en avaient parlé. Celle où on s'était levés très tôt pour aller au "7h-9h" d'une radio jeune, aussi. Mais là, silence radio. Cette émission n'a servi à rien, personne ne l'a jamais vue.

Sauf ZAKO3000.

Il était dans sa chambre d'hôtel, et il est tombé dessus par hasard, en sortant de sa douche.

Au Tchad.

Si.

Notes

[1] Catering. nm. Repas, lieu où l'on prend les repas. Exemple : "Il est où Bob ? -- Il est en train de dévaliser le catering !"

[2] Petite précision : les âââârtistes n'étaient pas payés, puisque c'était de la promo. Ce n'était pas un concert, puisque tout le monde se trémoussait en play-back. On n'a pas été nourris ni logés dans des conditions normales, puisque meeeeerde, quoooâ (salades froides et hôtel formule 1, quand même, faut pas déconner). Mais le public, lui, il a réellement payé sa place : 70 F de l'époque (10,67 euros) par tête de pipe, multipliés par 12.000 spectateurs. Faites le calcul : y a des télés câblées qui savent bien se démerder, je trouve...

jeudi 26 mai 2005

On passe à la télé (1)

La maison de disques[1] avec qui on avait "signé", c'était quelque chose. Un immeuble entier à deux pas de l'Arc de Triomphe, des escaliers aux murs tapissés de disques d'or, et des vedettes des années 70-80 qu'on croisait dans les couloirs.

Une boite de légende. Un peu fanée, la légende, mais quand même. Un jour, d'ailleurs, j'ai pas pu m'empêcher de grincer. On attendait dans les couloirs d'une émission de variété, et C., la responsable de la promo et du marketing, commençait à me bâcher gentiment sur ma vie de provincial. D'après elle, j'étais une sorte d'alien sympathique, un gars qu'il aurait fallu coller dans une réserve. Pensez : je m'habille comme un cul-terreux (501 et T-shirt non-moulant), je ne regarde pas la télé, je ne vais pas dans les soirées huppées sur des péniches, et j'aime bien lire des livres. Vingt ans de retard, quoi. Alors ce jour-là, elle m'a demandé "c'était bien, Champs-Elysées, samedi ? -- Ouais, j'ai répondu. C'était l'émission du 3 juin 1978. T'aurais dû regarder, ça t'aurait remonté le moral : à cette époque-là, y avait plein d'artistes de chez vous qui passaient à la télé..." C. a un peu blêmi, et puis elle a ri. Jaune.

Bref. Un jour, C. a trouvé un plan d'enfer pour le groupe que je manageais. Un partenariat avec une télé, qui s'engageait à diffuser le clip en boucle. Génial.

Bon, la télé en question, c'était une chaîne câblée.

Et le clip, on n'en avait pas.

Et, personnellement, je trouvais le plan extrêmement foireux. Mais ils ont tous insisté, y compris Meilleur-directeur-artistique-de-la-terre, alors j'ai rangé mes arguments dans ma poche, et je me suis collé un air souriant.

Pour valider le partenariat, il fallait que le groupe participe à une émission, genre "remise de diplôme aux chanteurs méritants". L'enregistrement avait lieu dans un hangar de province, genre Zénith, mais en plus grand.

Le jour de l'enregistrement, on a pris notre train spécial avec plein de jeunes personnes que je ne connaissais pas, mais dont la seule évocation a fait pâlir la baby-sitter de mes gosses, quand je lui ai raconté au retour. Des gens dont le métier consistait à chanter en play-back sur une chorégraphie épuisante à regarder, tout en exhibant leur nombril. Très frais, très sympa.

Quand le train est arrivé dans la gare de province, il y avait plein de gros types de la sécurité, sur le quai, pour nous protéger des fans hystériques (bon, pour nous, y avait pas de risque, rassurez-vous). Puis on est montés dans un bus, et on a rejoint la salle de spectacle en grillant tous les feux rouges, avec deux motards de la police nationale en escorte[2]. Là, on s'est dit "grosse prod !", et on s'est réjouis à l'avance en pensant à la chambre d'hôtel qui devait nous attendre : quand on faisait une émission à la RTBF, à Bruxelles, on arrivait au studio sans vigiles et sans escorte, mais on dormait dans un quatre étoiles de l'avenue Louise. Là, on pouvait soupçonner que cette chaîne-là avait au moins pété le relais & châteaux. Raté. Les vigiles, les motards, c'était juste pour la première impression. L'hôtel, c'était un bête Formule 1[3].

Après, ça a été l'enfer.

(A suivre)

Notes

[1] cherchez pas, elle a disparu

[2] Hélas, c'est rigoureusement authentique

[3] Authentique aussi, comme tout le reste de ce post

vendredi 20 mai 2005

Nos amis les journalistes

Billet sauvé par Tonton Cristoballe


Je viens de tomber par hasard sur un texte écrit il y a sept ans. J'essayais alors de lancer une sorte de fanzine autour du groupe musical dont j'étais le manager, et il semble que j'avais une dent à l'égard des médias : "Comme l'être humain, avec qui il partage la plupart des caractéristiques physiques, le journaliste de musique peut se montrer sensible, chaleureux, voire même, si l'on en croit la rumeur, franchement sympathique. Parfois. Dans le cadre strict de sa vie privée. En fin de journée. Mais il ne faut pas rêver. Dans ses relations professionnelles, le journaliste de musique ne saurait esquisser ne serait-ce que l'ombre d'un sourire. Il passe trop de temps à éviter l'attaché de presse, son principal prédateur, pour trouver encore un peu de saveur à la vie", écrivais-je donc dans le premier édito de cette éphémère publication. A la lumière de mes expériences les plus récentes, c'est assez drôle (quoique je me flatte d'avoir refusé la direction d'une rubrique "musique" dans le trimestriel où je bosse, au profit d'articles qui m'intéressent beaucoup plus. Je ne suis pas sûr d'échapper au principe de Peter, mais au moins j'essaie).

La relecture de ce papier m'a rappelé l'épisode glorieux intitulé "Nonal et les radios", que je m'en vais vous conter aujourd'hui.

Le groupe dont il est question venait de m'embaucher. Un mois plus tard, il se produisait sur une petite scène parisienne : il s'agissait donc de faire la promo en urgence.

Moi, compétent en rien mais plein de bonne volonté, j'avais donc commencé à harceler les médias pour qu'ils parlent de la série de concerts. Pour ça, j'avais deux atouts formidables : l'Officiel de la Musique d'une part, et ma bonne grosse naïveté de paysan normand de l'autre. Je savais que ce serait dur, mais je m'accrochais : j'envoyais des CD à tous les journalistes qui me paraissaient intéressants, je remplissais leurs boîtes vocales de messages sur le groupe, je tartinais des communiqués de presse à longueur de journée, bref je passais dix heures par jour à ne faire que ça.

Un boulot de dingue, couronné de succès puisque j'ai fini par décrocher deux interviews sur des grosses radios internationales : Radio Libertaire et Fréquence Paris Plurielle... En presse écrite, j'avais également cartonné, puisque j'avais eu une brève dans Lylo et une autre dans Paris-Boum-Boum. Mais j'étais jeune, donc, et plein d'allant : j'emmenais les musiciens répondre à ces prestigieux médias dans une bonne humeur communicative. Imaginez : trois heures de route et quelques bouchons pour arriver à Saint-Denis, une heure d'interview avec un vieux chroniqueur dépressif dans les locaux lépreux de Fréquence Paris Plurielle, et re-trois heures de route pour regagner notre province profonde. Et la teneur de ces heures d'anthologie de l'histoire de la radio mondiale, je vous raconte même pas : "Alors nous sommes ici avec Machin, musicien dans le groupe Truc, et avec Nonal, manajère. Pour commencer, nous avons cinq invitations à vous offrir pour le concert de Truc : il vous suffit de nous téléphoner à la radio... (dix minutes passent) Bien. Personne n'ayant téléphoné, je vous rappelle que les invitations sont toujours disponibles pour le concert de Truc...". Une heure trente pendant laquelle le type m'a posé des questions glauques, en m'appelant "Nonal, manajère" (ce à quoi je répondais invariablement "...de moins de cinquante ans", mais je ne l'ai pas vu sourire).

Et puis un jour, la victoire : j'avais décroché une interview à France-Info. Vous n'imaginez même pas l'euphorie dans laquelle j'ai baigné pendant trois jours. Putain, FRANCE-INFO, quand même, les mecs ! J'en revenais pas. Le jour dit, j'emmène donc les cinq musiciens à Paris, et nous nous perdons de bon coeur dans les couloirs de la maison de la radio. Finalement, on croise l'attachée de presse de la salle de concert où le groupe allait se produire. "Machine ! Quelle surprise !"... (Tu parles...) "Salut, les gars. Je suis contente de vous voir : je vais vous accompagner à France-Info. Ca fait longtemps que j'ai pas vu la journaliste, et il faut que je l'invite à déjeuner[1]". Nous, contents de trouver un visage ami dans les méandres de la maison ronde, on ne pipe pas mot et on la suit. Je vous épargne les détails sur lenregistrement, plutôt laborieux (je crois qu'ils ont recommencé trois fois, dans un studio grand comme mes toilettes. A la fin, la journaliste était au bord de la dépression nerveuse). Toujours est-il qu'une fois l'interview terminée, l'attachée de presse parisienne a eu LA grande idée : "comme il n'est pas tard, on pourrait faire le tour des chroniqueurs de la maison. Je pourrais vous présenter...''". Grande idée : ainsi, j'allais voir le visage de ces gens que je harcelais depuis des semaines au téléphone (et réciproquement).

Et on l'a fait. Pendant une heure, on a suivi l'autre andouille au pas de course. Elle s'engouffrait dans les bureaux des différents animateurs de France-Inter, je la suivais un peu en retrait, et les musiciens restaient dans le couloir derrière la vitre. "Bonjour, Bidule !". Cris d'orfraie du journaliste "Ah ! Unetelle ! Je suis content de te voir ! C'est bien le mois prochain que vous avez la chanteuse Sybil Chouchoute ? -- Oui, mais dans dix jours, on a le groupe Truc. Tiens, je te présente Nonal, le manager. Et les musiciens qui sont dans le couloir... (petits signes de la main des intéressés) -- Truc ? Ouais, bof, j'ai pas écouté. Bon, comment on fait pour Sybil Chouchoute ? Tu peux me passer un CD tout de suite ? Je brûle d'envie d'en parler dans la prochaine émission !..."

Ce matin-là, on a bien travaillé : dans les jours qui ont suivi, Sybil Chouchoute a eu une couverture médiatique formidable[2].

Voilà comment j'ai commencé mon précédent boulot, il y a huit ans. Après, rassurez-vous, j'ai un peu progressé. On a fait les émissions des animateurs vus ce jour-là, mais bien des années plus tard. Et puis il y a eu des épisodes assez drôles à la télévision, j'en parlerai un de ces quatre. Mais pour finir sur mes relations avec les radios, j'ai une dernière anecdote.

On est en 2000, le groupe Truc a bien évolué. Théophraste Responsable, le programmateur musical d'une radio nationale, nous a proposé un partenariat qui ne se refuse pas. Comme le groupe vient de finir son nouvel album, je prends rendez-vous avec lui pour lui faire écouter le mixage sur un CD-R. "Mmouais... C'est pas mal, mais ça sent l'autoproduction. Le son est vraiment à chier. Désolé, les gars, mais je pourrai jamais passer ça sur mon antenne. -- Mais enfin, Théophraste ! Tu va pas nous lâcher comme ça ? -- Non non, le partenariat tient toujours pour les annonces de concerts. Mais pour la prog, c'est non. Définitivement".

Je rentre chez moi un peu dépité. Le temps passe, et j'oublie Théophraste : entretemps, j'ai rencontré Ladislas Facétieux, directeur artistique dans un label qui vient de cartonner avec un gros, très gros succès. Rencontre sympa, proposition de contrat, quelques échanges de fax entre l'avocat de Maisondedisques et le nôtre[3], et, en juin, on signe avec Maisondedisques. Le temps passe, tournée d'été oblige, et, en septembre, un mois avant la sortie du disque sous label "Maisondedisques", je retourne voir Théophraste, un nouveau CD à la main. "Tiens, Théo. Je t'ai amené le nouveau mix de l'album. Tu n'es pas sans savoir qu'on a signé avec Maisondedisques ? -- Non, non, Nonal, je l'ai appris en juin. Je trouve ça formidable pour vous. Bon, alors, ça donne quoi, ce disque ? Assistante, tu peux le mettre sur la platine, s'il te plaît ?"

Il écoute attentivement la chose, et son constat est sans appel : "P'tain, c'est VRAIMENT BIEN ! Tu vois, Nonal, quand je te disais que vous deviez signer avec une vraie maison de disques ! Rien à voir avec ce que tu m'as fait écouter au printemps : là, c'est pro, c'est carré, le son est formidable, et on sent la patte de Ladislas Facétieux... Ah, je suis content de vous voir progresser comme ça !".

Je suis reparti content.

Ce qu'il ignorait, le Théophraste, c'est que le contrat qu'on avait signé avec Maisondedisques, c'était ce qu'on appelle un contrat de licence : on restait les producteurs du CD, à charge pour le label d'assurer la distribution, et tout ce qui va avec, promo et marketing.

Et la bande qu'il venait d'entendre, c'était RIGOUREUSEMENT la même que celle que je lui avais apportée six mois plus tôt. La seule chose qui avait changé, c'est l'étiquette...

Comme disait ma boulangère, on est bien peu de choses.

Notes

[1] on est en 1997 : les branchouilles parisiens ne disent pas encore "un déj'"

[2] pour pas grand chose, d'ailleurs, parce qu'elle a dû faire trois spectateurs en tout et pour tout, et puis elle a disparu de la circulation. Aujourd'hui, j'aime à croire qu'elle fait la mère maquerelle dans un bordel albanais, je sais pas pourquoi...

[3] (l'ancien leader du groupe où mon frère était bassiste, encore plus mauvais avocat que chanteur, mais ça je l'ignorais à l'époque)

lundi 10 février 2003

Encore des gros mots

Je suis allé dans une ville que j'adore, cette semaine, pour voir le concert des musiciens avec qui je travaille.

Ca aurait pu être sympa, s'il n'y avait pas eu Trou-Du-Cul.

Trou-Du-Cul est journaliste "culture" dans un quotidien national qui s'occupe des faits-divers sanglants avec tellement de ténacité que le mot "culture" y est aussi incongru que "préservatif" dans La Croix ou "humour" dans le Figaro.

Mais ça n'empêche pas Trou-Du-Cul d'être drôlement important, comme gars. Quand il arrive, en voyage de presse (transporté, nourri, logé, bichonné aux frais de la maison de disques), il aime bien faire le capricieux. Tout le monde est tellement anxieux à l'idée qu'il fasse un mauvais article ! Trou-Du-Cul veut qu'on invite son cousin de province en loge ? On invite le cousin, et on fait risette. Trou-Du-Cul veut qu'on nourrisse le cousin, la femme du cousin, la concierge et le poisson rouge ? On nourrit. Trou-Du-Cul exige qu'on lui tienne compagnie dans un bar glauque ? On continue de sourire et de trouver tout ce qu'il dit tellement passionnant... Heureusement que Trou-Du-Cul n'a pas eu subitement envie de faire sauter la planète, on aurait été obligés d'appeler Georges Bush.

Moi, j'ai trouvé que Trou-Du-Cul était mal-élevé. Quand j'ai dit ça, mes copains musiciens m'ont regardé avec des grands yeux très étonnés. Ils ont commencé à chercher mon pouls, et à vouloir vérifier ma tension. Et puis ils m'ont rappelé doucement que ça faisait longtemps que je n'avais pas été en situation, mais qu'il fallait que je fasse appel à mes souvenirs professionnels : un journaliste qui profite de son pouvoir pour jouer les pique-assiettes, c'est normal. Il faut être gentil quand même, c'est le métier. J'ai répondu que je trouvais que c'était un métier de mal-élevés , et là, ils ont failli appeler le SAMU, l'air visiblement inquiets. (Il faut dire que mal-élevé , c'est le comble de l'insulte pour ma mère qui habite à la campagne, mais dans mon boulot, ça ne veut pas dire grand-chose).

Comme dit Chérie-Chérie, l'attachée de presse, "tu vois, mon chéri, ce qui est emmerdant avec ce journaliste, c'est qu'il n'est pas pratique".


N'empêche qu'il m'a bien gâché la soirée, avec ses caprices, le pas-pratique. Moi, du coup, je suis arrivé en retard à mon rendez-vous. Je devais retrouver mon ami névropathe-obsessionnel, et surtout faire enfin connaissance avec son amie de coeur.

Vu l'heure tardive à laquelle je suis arrivé, elle a été vachement loquace. Elle a dit "bonsoir", et puis elle est allée se coucher.

Ca faisait une heure qu'elle m'attendait dans un hall d'hôtel triste. A votre avis, pour elle ce soir là, c'était qui, le Trou-Du-Cul de service ?

Putain, ils sont contagieux, en plus, ces cons-là.

lundi 13 janvier 2003

Grande-Dame-De-La-Chanson

Billet sauvé par Notre Inconscience


C'était un pince-fesses très officiel dans le monde de la musique, il y a plus de deux ans. Grand-Distributeur-International avait réuni ses chefs de produits, ses responsables marketing et ses directeurs de la promo dans une boîte à la mode. Il y avait aussi tous les salariés normaux de Grand-Distributeur-International, ceux qui gagnent beaucoup moins d'argent que les autres, et qui mettent des cravates pour aller au boulot.

On était fin août, et il fallait re-motiver ces troupes besogneuses, comme à chaque veille de rentrée. Alors, pour faire passer les discours et les petits fours, on avait convoqué des musiciens parmi ceux qu'on allait "développer" dans l'année. Et puis, histoire de frimer un peu devant le petit personnel, on avait invité Grande-Dame-de-la-Chanson.

Grande-Dame-de-la-Chanson rentrait d'un an et demi de tournée, et venait de vendre des quantités de disques astronomiques. Forcément, elle avait très peu de temps à consacrer à toutes ces fourmis industrieuses qui étaient venues voir à quoi ça ressemble de près, un peu de rêve et de paillettes.

Après une photo où elle a posé au milieu de toutes les fourmis (à qui on remettrait le tirage encadré dès le lundi, pour qu'elles puissent le poser sur la cheminée et faire bisquer le cousin Jean-Louis pendant les repas de famille), Grande-Dame-de-la-Chanson est montée sur scène. Elle a rappelé qu'elle était pressée, parce qu'il fallait vite qu'elle rejoigne "ses" techniciens et "ses" musiciens. Elle disait "mes techniciens", "mes musiciens", "mon public", et elle devait être très, très contente de posséder une collection de gens vivants, parce qu'elle l'a répété plusieurs fois, toujours en insistant sur le même mot.

Après, Grande-Dame-de-la-Chanson a chanté trois ou quatre de ses morceaux les plus connus. Et puis elle a entonné, juste pour nous, une reprise de Léo Ferré qui ne faisait pas partie de son tour de chant. Moi, j'ai trouvé ça bizarre, parce que c'était un peu comme si Barbara Cartland s'était mise à déclamer du Saint-John Perse, mais autour de moi tout le monde buvait du champagne en ayant l'air de trouver la situation normale, alors j'ai fait exactement comme mes voisins de table : je me suis collé un sourire niais sur la figure et j'ai pris un air dégagé en me resservant une coupe.

Elle avait du mal avec les paroles, Grande-Dame-de-la-Chanson. Elle avait bien le texte à la main, mais le tempo allait plus vite que ses capacités de lecture. Du coup, les mots qui sortaient de sa bouche avaient l'air de courir après l'autobus. Ca m'a fait penser aux enfants qui ânonnent à l'école, en suivant les lettres avec leur doigt. Sauf qu'elle ne pouvait même pas suivre avec ses doigts, puisqu'elle avait le micro dans une main et le papier dans l'autre.

Ca donnait une relecture originale d'Avec le Temps. Ca faisait : "Avec le Temps / Avec le Temps / Vatou s'en va", et à ce moment-là on a senti une interrogation dans son regard. Elle a buté encore plus sur les paroles qui suivaient, parce qu'elle s'est demandé tout à coup qui c'était, ce Vatou qui s'en allait.

Et puis elle est partie elle aussi, et ça a fait drôlement plaisir aux autres chanteurs-pas-stars-du-tout qui étaient là, et qui n'ont plus été obligés de s'entasser à 25 dans une loge de 5 mètres carrés. Ils sont tous allés dans l'immense loge que Grande-Dame-de-la-Chanson avait eue rien que pour elle, et ils ont été encore plus contents quand ils ont vu que pour elle, on avait rempli le mini-bar.

Ensuite, ça a été le tour de Future-Star.

Future-Star est arrivée en faisant des grands mouvements avec la tête pour qu'on voie bien qu'elle avait des cheveux. Elle a chanté trois ou quatre chansons, et elle a fait le tour des tables en serrant toutes les mains et en disant des mots gentils à chacun. Elle avait quand même une façon bizarre de parler aux gens. Une façon qui disait : "vous avez vu ? Dans trois mois, je suis une star, et pourtant je suis pas bégueule, je serre vos mains de travailleurs". Derrière elle, il y avait son manager, Tronche-de-Proxénète, qui se demandait s'il était pertinent de placer l'argent que Future-Star lui ferait gagner dans trois mois, ou s'il allait plutôt s'acheter une voiture de sport avec. Au petit sourire qu'il affichait, je pense qu'il venait de choisir l'option "voiture de sport".

Moi, je n'avais JAMAIS entendu parler de Future-Star. Mais j'ai compris que Grand-Distributeur-International avait prévu un budget promo-marketing qui dépassait le P.I.B. de la Suisse pour la transformer en Star-Tout-Court, exactement comme la marraine avait transformé Cendrillon en Princesse. Et de ce point de vue, les sous, c'est au moins aussi efficace que la baguette magique : six mois après, Future-Star était effectivement à toutes les émissions de télévision, elle avait vendu 1,5 million de disques, et ma voisine refusait obstinément de croire que je l'avais "vue en vrai".

Moi qui me trouvais là parce que je travaille un peu dans la musique (avec des musiciens pas-stars-du-tout), je me suis demandé pourquoi les cadres de Grand-Distributeur-International étaient aussi déférents, aussi respectueux et même carrément flagorneurs avec Future-Star et Grande-Dame-de-la-Chanson. Je me disais qu'ils étaient bien placés pour n'avoir aucune illusion sur ces deux femmes, qui étaient décoratives à la télé, mais dont ils connaissaient par coeur tous les défauts, et dont ils ne pouvaient que subir la bêtise crasse, la prétention mal-placée, l'ego démesuré, les caprices hystériques et tout un tas d'autres joies du même acabit. Comme en plus, dans ces deux cas, c'était uniquement l'argent de Grand-Distributeur-International qui avait changé une idiote sans talent en invitée permanente des émissions de prime-time, j'avais du mal à comprendre comment ils pouvaient faire semblant de croire qu'elles étaient vraiment devenues des déesses qui ne font jamais caca.

Et puis j'ai discuté avec Meilleur-Directeur-Artistique-de-la-Terre, qui est dans ce domaine le type le plus intelligent, le plus compétent et le plus chaleureux que je connaisse (il est tellement tout ça qu'il a été recruté par un label où il ne travaille QU'AVEC des artistes qui vendent les disques par millions). Quand il part sur un projet avec un chanteur à qui je ne confierais pas mes bébés (même en photo), Meilleur-Directeur-Atrtistique-de-la-Terre est toujours enthousiaste. Il adore raconter des anecdotes sur son métier, mais je ne l'ai jamais entendu émettre la moindre critique sur un chanteur, même pour dire que c'est quelqu'un qui mange salement ou qui a eu un geste d'agacement en 1976. Ca me sidère. Mais ce que j'ai fini par comprendre, c'est qu'une fois qu'il a changé un gars normal en Star de la Chanson, Meilleur-Directeur-Artistique-de-la-Terre y croit. Tout simplement.

Exactement comme nous, une fois qu'on a élu par défaut une grande gueule qui pique dans la caisse, on croit qu'il a vraiment la stature d'un Président de la République.