jeudi 28 juin 2007
Elitaire pour tous
Par M. LeChieur, jeudi 28 juin 2007 à 08:00 :: J'aime pas les gens
Voici les trois dernières minutes de la dernière "bande à Bonnaud" sur France-Inter, hier soir. Moment émouvant, surtout quand Pauchon fait le clown pour retenir les larmes du chef de bande.
"Nous avons refusé d'obtempérer à la médiocrité ambiante, ça ne fait pas de nous des héros, mais à un moment il faut en payer le prix". La phrase s'applique aussi à nous, auditeurs de France-Inter. L'intelligence, la curiosité et l'impertinence sont bel et bien chassées de l'antenne, le processus continue. Cela avait commencé par la reprise en main de la tranche matinale, l'installation de chroniqueurs et d'éditorialistes bon teint (Bernard Guetta, Jean-Marc Sylvestre et consorts), puis, beaucoup plus récemment, la suppression du Pop-Club ou la mise au rancart de Frédéric Lodéon à une tranche horaire en forme de cul-de-sac (parce que, quand même, de la musique classique à une heure d'écoute, vous n'y pensez pas). Mermet avait été menacé et déplacé lui aussi, mais Mermet est tellement caricatural qu'il en devient inoffensif.
"La Bande à Bonnaud" disparaît en emportant la dernière raison que j'avais d'écouter France-Inter en semaine. Moment difficile pour moi, parce que ça fait 30 ans que cette radio faisait partie de mon univers quotidien, et que je l'ai vue peu à peu perdre tout ce qui faisait son charme.
Il y a dix ans, je l'écoutais plus de 8 heures par jour, de la salle de bains à la voiture, de la voiture au bureau, et du bureau à la cuisine et au salon. Je n'avais pas de télévision, mais des postes de radio dans toutes les pièces de l'appartement, y compris les toilettes. Cette année, ma "consommation" était descendue à son niveau le plus bas, une seule heure et demie de plaisir vespéral. Le traitement de l'info par le 6-9 me scandalise, l'émission d'Isabelle Giordano et Yves Decaens m'indiffère, celle de Colombe Schneck m'agace, le "Fou du Roi" m'énerve à vouloir courir derrière Europe 1 et RTL, Mermet me fatigue à donner de plus en plus la parole à ses auditeurs et de moins en moins à ses beaux reportages, "Le Téléphone sonne" me fait hurler, bref, y avait plus que "La Bande à Bonnaud". Et demain, il n'y aura plus rien.
Ce qui est tragique quand on a, comme moi, été auditeur de France-Inter pendant si longtemps, c'est qu'on ne peut pas zapper. Les fans de RTL ou d'Europe 1 peuvent aller de l'une à l'autre sans être perdus. Nous, on est coincés. Certains se rabattent sur France-Culture, mais l'esthétique stalinienne de la mise en onde et la somnolence des animateurs sont pour moi rédhibitoires. Quand on a été élevé au biberon de Claude Villers et de l'Oreille en Coin, on a du mal à passer à Radio-Prozac. Me voilà donc condamné au silence.
Aujourd'hui, les syndicats CGT et Sud de Radio-France ont appelé à la grève pour protester contre cette reprise en main politique et le nivellement par le bas décidé par la direction. Un immense merci à eux, ainsi qu'à tous les salariés de Radio-France qui se battent pour garder ce qui faisait l'âme de leur maison.
Nous aussi, les auditeurs, on sera en grève à la rentrée prochaine. Mais ce sera trop tard. La bêtise et l'ignorance finissent toujours par gagner.
Post-scriptum : ceux que ça intéresse peuvent signer la pétition. Je propose aussi d'appeler le service de relations avec les auditeurs en composant le 3230 (touche étoile, puis 1, puis 1, puis 3 et enfin 1) pour exprimer notre soutien aux grévistes. C'est également possible par mail, en remplissant le formulaire ici : http://www.radiofrance.fr/franceinter/radio/ecr/. Enfin, on peut toujours déposer un message sur le répondeur de Mermet, au 01 56 40 37 37.
Edit : je viens de réaliser que l'extrait sonore ne fonctionnait que pour ceux qui ont les clés de mon bloug privé... désolé, c'est réparé !



