lundi 25 septembre 2006

Dernier billet de septembre

Alors... Valise ? C'est fait. Brosse à dent ? Fait. Somnifères pour l'avion ? C'est bon. Passeport ? OK. MP3 ? Ça roule (ad lib, pendant des heures).

C'est mon dernier billet de septembre : je pars demain matin aux petites heures. Pas en vacances, mais en reportage, exactement ici :

(Oui, j'ai un boulot qui est assez rigolo, parfois. Ce qui me désole, c'est de partir ainsi une semaine à l'autre bout du monde alors que je n'ai pas les moyens de m'offrir un week-end à Bruxelles, mais bon... La vie est pleine d'injustices et de contradictions).

Comme à chaque fois que je pars sans connexion, je vais fermer trackbacks et commentaires à 20h et jusqu'au retour. Rendez-vous le 2 octobre.

Et, étant donné que je ne serai pas connecté le 30 septembre pour souhaiter une longue et joyeuse vie aux jeunes mariés, j'en profite pour le faire maintenant. Amusez-vous bien, Capitaine et son Lapin. Je souhaite sincèrement que vous puissiez bientôt renouveler cette belle cérémonie de ce côté-ci de l'Atlantique, si un jour ça vous chante.

Mise à jour du 1er octobre. Ayé, je suis rentré. C'était génial. Je vous raconterai quand j'aurai retrouvé une apparence humaine, et surtout une meilleure maîtrise de mes neurones...

dimanche 24 septembre 2006

Les pinces à linge sont de retour

Suite à une proposition de jeu de Kozlika, voici ci-dessous le texte des Pinces à Linges. Il s'agit d'un jeu collectif que nous avions pratiqué ici, à l'époque où je m'appelais encore Nonal. Merci à Akynou pour avoir exhumé l'archive de son grenier numérique : en ce qui me concerne, je l'avais honteusement perdue...

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samedi 23 septembre 2006

Je relis Libé

Je suis un parjure.

Libération, c'est comme France-Inter. Tous les jours, je râle, je m'énerve, je fulmine, je bondis et je ressasse que c'était mieux avant. Mais, en même temps, je serais triste que ça disparaisse. Ces deux-là, je suis né avec et ça fait 35 ans que je mijote dans leur jus. J'ai grandi avec eux, on a passé de bons moments et de sales quarts d'heure, je les ai parfois perdus de vue, mais je n'aimerais pas qu'ils meurent. C'est comme un vieux cousin qu'on aimait bien quand il était petit, et qui serait devenu Jospiniste : on a un peu envie de lui jeter des fruits trops mûrs à la tête quand on le voit, mais il fait toujours partie de la famille.

Alors voilà. France-Inter est toujours dans mes podcasts, et je me suis remis à acheter Libé. C'est très étrange, de se dire qu'on prête une oreille ou un oeil à des médias tombés aux mains des meilleurs copains de Nicolas Sarkozy. Espérons que ça change avant qu'on ne meure d'ennui.

Et puis il reste quelques pépites. Sur France-Inter, il y a toujours Mermet. Il m'énerve, Mermet, avec son côté "je me pâme pour José Bové", mais en même temps j'aime bien entendre des gens qui râlent. Il y a "2000 ans d'Histoire", aussi, et "Rendez-vous avec X". Je n'en rate pas un, parce que, quand on me susurre de belles histoires à l'oreille avec une chaude voix grave, je me roule sur la moquette en feulant de bonheur. Et puis José Artur. Lui, c'est pas le cousin, c'est le grand-père de la famille. Il gâtise un peu, il radote souvent, mais des fois on se marre bien.

Il y a quelques jours, les salariés de Libé ont appelé leurs lecteurs au secours. Evidemment, ça m'a énervé. Je me suis dit "bande de cons, si vous aviez fait un vrai journal de gauche, intéressant, inédit, exigeant, vous n'en seriez pas là". J'ai toujours des trucs en travers de la gorge, avec ces gens-là. L'interview de Sarkozy l'an dernier, par exemple. Un moment rare d'équilibrisme foireux, la solution piteuse à une misérable quadrature du cercle journalistique : les gars avaient dû longuement s'interroger, sur le thème "nos lecteurs détestent Sarkozy, mais notre patron l'adore. Comment faire ?". Résultat, deux pages, avec une intention affichée, genre "vous allez voir ce que vous allez voir, on va l'allumer grave, le ministre. Il a intérêt à compter ses abattis". Mais les questions étaient si crétines, la fausse agressivité si palpable, que les réponses de l'interviewé faisaient figure de moments d'intelligence pure, par contraste avec la bêtise des questionneurs. Mission accomplie : "on n'a pas été gentils avec lui, hein ? Mais il a l'air beaucoup plus sympathique à la fin de l'interview qu'au début". Le patron a dû adorer. Moi, je me suis jeté sur mon sac à vomi en me demandant comment des gens pouvaient à ce point traîner leur carte de presse dans le caniveau.

N'empêche. Libé qui demande à ses lecteurs de faire un effort, c'est comme le cousin Jean-Jean qui vient vous taper cent balles parce qu'il s'est fait plumer au poker. On se dit qu'il est vraiment trop con, ce con, mais on aboule la fraîche, parce que, tout con qu'il est, on n'a pas envie que ses créanciers lui cassent un bras dans une ruelle sordide.

Alors voilà, je rachète Libé.

Et aujourd'hui, c'était la page des Garrigos & Roberts. Les Garrigos & Roberts, si vous ne suivez pas, c'est une espèce de duo bizarre qui signe à quatre mains des articles saignants sur la télévision. Aujourd'hui, par exemple, les Garrigos & Roberts sauvent la série Urgence en quatre points, ce qui peut ressembler à l'expression du bon goût. Mais surtout, à côté de l'article principal, il y a une colonne de brèves. Et là, c'est tellement drôle et méchant que, finalement, j'ai pas regretté mon euro vingt.

C'est dans Libé des samedi 23 et dimanche 24 septembre, à la page 26.

vendredi 22 septembre 2006

Strange days

Strange days have found us
Strange days have tracked us down
They're going to destroy
Our casual joys
We shall go on playing
Or find a new town
(The Doors)

Couché à 5h40, levé à 7h30, j'ai bu un café rapide, emmené les enfants à l'école, assisté aux funérailles d'un homme à qui je dois beaucoup de bonnes choses, retenu des sanglots sincères en entendant le témoignage d'un de ses amis, applaudi sa dépouille sur le parvis, essayé de trouver les mots face à sa fille en larmes, avalé trop vite un tajine d'agneau trop salé, roulé une petite demi-heure en essayant de ne pas m'endormir, marché longtemps dans un village magnifique, rencontré des êtres humains, crapahuté deux heures et demie dans une mystérieuse forêt souterraine avec un garde-chasse étonnant, tressailli en reconnaissant l'endroit, dévoré une grappe de raisin du jardin de mon hôte, regardé une comtesse fantasque et ruinée virevolter dans son grand château vide, regagné la maison, ouvert mon courrier, écrit un article urgent, nourri et couché les enfants, avalé des tranches d'ananas pour tout repas, écouté un peu de musique, somnolé dans le canapé, retrouvé mon lit avec soulagement.

Ainsi résumée, ma journée d'hier a l'air presque normale. En réalité, elle fut pour le moins contrastée.

Du coup, je n'ai pas très envie de blouguer.




Post-scriptum qui n'a rien à voir : je découvre via mes stats que c'est aujourd'hui que ce bloug a fait l'objet d'une chronique de Brigitte Patient dans l'émission Journal Infime de la première chaîne de la Radio Suisse Romande. C'est très bête et très vain, mais j'adorerais entendre mes sornettes lues par la voix familière de Brigitte Patient, voix que j'entendais souvent à l'époque où j'écoutais France-Inter 20 heures par jour (c'était au temps où France-Inter n'était pas encore Radio-Sarkozy). Hélas, on ne peut pas podcaster la RSR. Alors, — on ne sait jamais — si quelqu'un avait un enregistrement de ce truc, ce serait vraiment gentil de m'en faire profiter.

samedi 9 septembre 2006

Veillée funèbre

C'est un argument hyper classique, en littérature, en cinéma ou en théâtre. D'abord, quelqu'un meurt. Ensuite, ceux qui l'ont connu se réunissent, par envie ou à cause des circonstances, et puis ils parlent du mort en reniflant. Anouilh en a fait Cher Antoine, Chéreau a tourné Ceux qui m'aiment prendront le train, et une écrivaine que je ne citerai pas[1] l'a utilisé pour un roman très dispensable.

Eh bin dans la vraie vie, c'est nettement moins smart que dans la fiction.

Notes

[1] D'abord par pure charité, ensuite parce que j'ai oublié son nom.

jeudi 7 septembre 2006

Et on tuera tous les affreux

Sous la Quatrième République, les pères-la-morale officiaient le matin, en classe. Ils lissaient soigneusement leur barbichette, jetaient un oeil soupçonneux sur les élèves, puis traçaient la sentence du jour au tableau, en faisant bien crisser la craie pour emmerder les mômes. Ça donnait des "Les improductifs et les asociaux sont la lie de la société", des "L'enfant qui gaspille est une lourde charge pour sa famille" ou des "Bien mal acquis ne profite jamais", que les petits enfants recopiaient en tirant la langue, avec des tas de pleins et de déliés très décoratifs. Après quoi, le soucieux pédagogue faisait une inspection surprise dans les rangs en demandant qu'on lui montrât oreilles et pieds. Il vérifiait attentivement l'hygiène corporelle de chacun, invitait les fayots à huer les malpropres et les négligés, puis on ouvrait son livre d'arithmétique en ânonnant "un plus un égalent deux ; deux plus deux, quatre ; quatre plus quatre, huit".

Le soir, les écoliers rentraient chez eux en se griffant les mollets aux ronces et en s'écorchant les pieds dans leurs sabots. Pendant qu'ils torturaient des hannetons ou jouaient à la Guerre des Boutons, le maître s'enfermait dans la solitude de son logement de fonction. Là, il pouvait enfin s'occuper à loisir de cette splendide érection qu'il arborait chaque soir, lorsqu'il songeait avec attendrissement à tout ce beau travail accompli et à ces émouvantes têtes blondes qu'il maintenait dans le droit chemin. Aaaaah ! C'était le bon temps, tiens.

Aujourd'hui, c'est pu pareil, ma pôv'dame. Les inoxydables instituteurs d'autrefois sont devenus des "enseignants", et même des "professeurs des écoles". Ça ne va plus à l'église ni au vin d'honneur chez le notaire, ça ne fait plus le secrétaire de mairie, mais ça lit Charlie-Hebdo avec des ricanements mauvais et ça fume des trucs pas nets en écoutant des musiques de sauvages. Si, si, j'en connais. Alors du coup, forcément, ça ne fait plus la morale aux petits enfants, bin tiens. Tout se perd !

Heureusement, notre bon gouvernement est là pour rétablir la situation. Je ne parle pas du futur maître du monde, celui qui veut remettre la France au travail, obliger les jeunes à faire du sport, renvoyer les pas-en-règle dans leurs pays lointains et passer nos cités au nettoyeur à haute pression. Non, parce que celui-là, quand j'y pense, j'ai des boutons de fièvre qui poussent et qui m'empêchent de me vautrer convenablement dans le péché. Je faisais seulement allusion à notre estimable ministre de la santé, monsieur Xavier Bertrand, un gars qui pète le feu en ce moment. Pensez : il a trouvé le moyen de rétablir la leçon de morale, de force, pour tout le monde.

D'après Le Monde d'hier[1], "il y aura désormais un message sanitaire de prévention sur toutes les publicités pour les biscuits, les confiseries, les céréales enrichies, les plats cuisinés, les boissons sucrées, etc." Après "L'abus d'alcool..." et "Fumer tue", voici donc que ledit Xavier s'attaque aux produits de consommation courante : "Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour" ; "Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé" ; "Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas" ; "Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière".

Moi, j'applaudis.

L'ennui, c'est qu'il ne va pas assez loin, le Xavier. Se composer ainsi, à peu de frais, une belle France uniquement composée de sémillants jeunes gens qui font du sport, se soucient de leur check-up et bouffent des pommes comme un seul homme pour aider nos valeureux maraîchers à écouler la surproduction, je trouve ça super. Mais, maintenant qu'il a trouvé le ton, il ne doit surtout pas s'arrêter en si bon chemin :

Pour votre santé, ne baisez pas.
Pour votre santé, ne lisez pas de livres.
Pour votre santé, allez à la messe plutôt qu'à l'apéro.
Pour votre santé, évitez les émotions fortes : continuez à regarder TF1.
Pour votre santé, votez UMP.

Ah oui, et puis je note avec satisfaction que les fabricants de lait en poudre pourront imprimer le diktat officiel des hystériques de la morale et de la famille, sur leurs produits : "le lait maternel est le meilleur lait pour votre bébé". Sur le plan sanitaire, tout le monde sait bien que ça ne tient qu'à moitié la route : par exemple, moi qui vous parle, si on m'avait vraiment obligé à bouffer le lait de ma mère, je serais mort à 6 mois : j'étais allergique. Et mes mouflets dizygotes, à deux sur une seule paire de seins, ils n'auraient pas grossi des masses, non plus... En revanche, sur le plan idéologique, c'est rassurant. C'est vrai qu'il était temps de rendre à la Femme le seul rôle qui lui sied convenablement, celui de vache laitière. Allez hop, dans la cuisine, la ménagère de moins de 50 ans, et que ça saute ! Quant à nous, mâles amis qui arborons dents blanches, ventre plat, vie saine et cerveau d'endive, il ne nous reste plus qu'à chanter tous en choeur : '"Maréchal, nous voilàààààààà"''...

*

(Précision pour les analphabètes : le titre de ce billet est emprunté à un livre de Boris Vian que je vous encourage à découvrir, pour son incorrection politique et sa fin juibilatoire)

Durablement con

Billet sauvé par Vertigo


Plus le temps passe, et plus les problèmes de la planète, nos problèmes, m'envahissent la tête. Alors j'essaie d'être le plus cohérent possible dans mon quotidien : je fais attention à acheter de la nourriture qui n'a pas trop voyagé (histoire d'économiser le pétrole), j'adhère à une AMAP pour bouffer sain, j'achète bio quand j'ai les moyens, je fais mon pain d'épice, je bricole mes yaourts... Je donne à fond dans le "citoyen", pour reprendre le nouvel adjectif adopté par les cons, si galvaudé qu'il prête autant à rire qu'à pleurer. Je me sens hyper concerné par le "développement durable, quoi, merdâlors", dirais-je également, si j'appréciais les oxymorons inventés par des trépanés.

Ouais, bon, y a quand même des limites. Par exemple, j'habite sur un ancien marécage mal asséché, où des moustiques gros comme des merles déboulent dans la maison en criant "Banzaï !" et en vrombissant plus fort qu'un ULM dopé à l'éthanol. Si, si. Ces enfoirés arrivent même à me piquer à travers le jean. Un denim 100% béton armé, pourtant, tellement épais que je m'étais niqué trois doigts en cousant l'ourlet, je vous jure...

Alors développement durable de mes fesses ou pas, moi, ce soir, j'ai craqué. La cent-trente-deuxième piqûre de moustique a fait déborder le vase, la moutarde m'est montée au nez, la cruche est tant allée à l'eau qu'à la fin elle s'est cassée, bref j'ai dit "stop". Je me suis gratté l'épaule jusqu'au sang d'une main et j'ai empoigné la bombe insecticide de l'autre. Et puis j'ai fermé la cuisine à double tour, et j'ai appuyé sur l'aérosol comme un dément, l'oeil injecté de sang, l'écume aux lèvres, en hurlant vers le plafond : "moustique, espèce de sale bâtard assoiffé de sang, maintenant tu vas creveeeeeeeeeer !". Quand l'air s'est trouvé plus dense qu'une purée Mousline micro-ondée, j'ai lâché la bombe, épuisé mais heureux. J'ai ranimé mon chien qui faisait "kof ! kof ! kof !" en se traînant vers la porte, j'ai respiré une bonne bouffée de citronnelle de synthèse, et j'ai contemplé mon oeuvre.

Vous savez ce qui traînait, dans la cuisine ?

La yaourtière.

Avec mes huit yaourts en cours de fermentation.

Si.

Alors si ça intéresse quelqu'un, je cède à bas prix de bons laitages bio au lait entier avec des vrais morceaux de DDT dedans...

Ah oui, et puis j'oubliais : quand j'ai eu fini de ventiler la pièce en pleurant mes yaourts foutus, j'ai distinctement entendu "bzzzzzzz !". Et j'ai vu l'insecte me faire un bras d'honneur en sortant.