jeudi 31 août 2006

Le degré zéro du journalisme

Il y a exactement dix ans, j'avais un job bien peinard : j'étais payé relativement cher pour former le guignol[1] qui devait effectuer son service civil après moi, dans une administration où on faisait de la cûltûûûûre, c'était chouette. Seulement au bout d'un mois, patatras. Mon successeur ne me succédait plus : il venait d'être recruté par un groupe de musiciens pour un boulot de star-du-chaud-bizness, et il s'empressait de se faire réformer en prétextant je ne sais plus quoi, des cors au pied ou des hémorroïdes, bref un truc incurable qui devait entraîner une mort plus ou moins violente dans les 60 à 70 prochaines années[2]. Bon, du coup plus de boulot pour LeChieur, mais qu'à cela ne tienne : vite, j'expédiai des CV aux journaux des alentours, et vite, je fus embauché dans l'un d'eux pour remplacer un gars qui s'était fait très mal avec une tondeuse.

L'histoire a duré plusieurs mois, je ne sais plus combien. A chaque fois que j'y repense, j'en ai un souvenir douloureux. D'abord, il m'avait fallu faire quelques concessions au code vestimentaire en usage dans ce canard : chemise repassée, veste de pingouin, chaussures de curé. Ce qui ne m'empêchait de passer pour le punk de service, vu que je n'ai jamais poussé l'ignominie jusqu'à porter une cravate, faut pas exagérer. Ensuite, ça se passait à Prozac-sur-Corde, une rieuse cité loin de la mer et des gens normaux, où les habitants vivent confits dans une ruralité d'un autre âge. Pour vous situer le contexte, mon premier papier concernait un tournoi de baby-foot dans un bistrot du bled... Oh, le passionnant dossier ! Moi, forcément, comme j'avais 25 ans et que j'étais enfin "journaliste", j'avais voulu faire du zèle : un "papier d'ambiance", comme on dit. Réflexe de gars de la ville, un coup à finir enduit de goudrons et de plumes. A Prozac-sur-Corde, fallait faire simple. D'ailleurs, le rédac-chef me l'a dit tout de suite : "vous utilisez un vocabulaire trop compliqué. Nos lecteurs n'ont aucune instruction. Mettez-vous à leur portée".

En semaine, je me sentais déjà comme un poisson rouge dans un bocal d'eau sale. Mais le dimanche... Le dimanche, c'était encore pire : interdiction absolue de quitter la rédaction pendant les heures ouvrables. Parce que, vous comprenez, j'aurais pu louper le passage du VSAB des pompiers. Et, qui dit "VSAB" dit "accident sur la 4 voies", donc du bien gras en manchette : "collision frontale sur la 4 voies : une jeune mère de 30 ans se tue avec ses deux enfants". Ça plus la photo du véhicule en bouillie, c'est le doublement des ventes assuré, coco. Si en prime tu peux flasher la mare de sang à côté de la carcasse métallique, tu pètes le high-score[3]...

Le seul motif que j'avais de sortir, malgré l'interdiction dominicale (en dehors des tournois de baby-foot, évidemment), c'était le micro-trottoir hebdomadaire. Une institution, le micro-trottoir. Un grand moment de reportage, aussi. Pensez : on sort à deux (oui oui, deux) journalistes, on arrête des gens dans la rue, et on leur pose des questions cons auxquelles ils ne peuvent apporter que des réponses d'abrutis. Par exemple : "que pensez-vous de la fermeture de l'usine d'équarrissage ?". "Oh bin, c'est bien dommage, parce que ça va mettre nos ouvriers sur la paille". Ou bien : "est-ce que vous aimez bien la guerre ?", "mangeriez-vous du plutonium pour lutter contre la vache folle ?", des sujets brûlants dans ce goût-là. Le soir, on rentrait au nid, on faisait le "bouclage photos"[4], et le lundi on rédigeait cette prose nauséabonde en se pinçant le nez. Enfin moi, en tout cas, je me pinçais le nez. Pas tout le monde : j'avais une collègue très intéressante qui avait notamment réussi à nous tartiner une page entière (et en grand format, encore, pas en tabloïd comme c'est la mode aujourd'hui) sur les terribles délinquants qui arrachaient les étiquettes "bingo des marques"[5] des camemberts dans les supermarchés, avec interview scandalisée du chef de rayon et développement du fait-divers en cinq colonnes...

Alors voilà, souvent (toutes les semaines, même), ça donnait ça :


(via l'esprit de l'escalier)

...et moi, je me cachais en priant pour que mes amis ne tombent pas là-dessus[6].

Evidemment, il y a une explication comptable à ce débordement de déontologie effrénée. C'est tout simplement ce qui fait les fondements de la presse locale : il faut que le lecteur s'y retrouve. Si on veut qu'il paye ses 400 grammes de papier mal imprimé, il doit y voir la grosse carpe pêchée par le cousin Michel, le concours de belote où la voisine est arrivée deuxième à 5 points près (si c'est pas malheureux, quand même !), le mouflet des Michu qui vient de naître avec sa soeur Sue-Jessikaren qui pose à côté, ou la voiture carbonisée du gamin Schmürtz qui a fait "boum !" samedi en rentrant de discothèque.

Avec le micro-trottoir, c'est encore mieux : on a le double effet kiss-cool. Le lecteur se retrouve au sens propre ("tiens, Bobonne, viens voir, y a Raymond qui dit des conneries sur le Proche-Orient !"), mais aussi au sens figuré ("ah oui, ce que dit ce monsieur au visage couperosé sur les politiques corrompus qui s'en mettent plein les poches est extrêmement pertinent, je pense la même chose, d'ailleurs j'ai la même couperose que lui"). L'effet miroir fonctionne, le lecteur achète le journal, l'annonceur paie très cher des pages en couleur pour prévenir le consommateur que la côte de boeuf aux herbicides est à 10 euros le kilo, le journaliste touche son salaire misérable, et tout le monde est content.

Bon, évidemment, j'ai honte d'avoir collaboré à ce journalisme du ras-des-pâquerettes, et je sais que je serai tondu à la Libération. Mais ce qui me rassure, c'est que les vrais journalistes, ceux qui font dans les médias nationaux, ne s'abaissent pas à ce genre de pratiques douteuses. Jamais. Quand ils voient une feuille de chou locale passer sous leurs yeux, ils font "hin hin hin" en grinçant des dents et en plissant les yeux, et ils retournent à leurs nobles occupations. Pas un instant, il ne leur viendrait à l'idée de se vautrer dans le micro-trottoir, cette expression poujadiste et populacière du degré zéro de la réflexion. La preuve :

(France-Inter, le journal de 19 heures, ce soir)

*

Post-scriptum 1. Ce billet n'est pas très nouveau, puisqu'il redit à peu près la même chose que celui-ci, qui était en outre plus intéressant. Mais, voyez-vous, il arrive qu'on fasse des paris entre blougueurs. Et là, ce soir, Ka me doit un billet de 4500 signes sur une toile de Hopper... Yerk yerk yerk...

*

Post-scriptum 2. Ah, et puis vous pouvez oublier l'URL de ce bloug pendant quelques temps : ayé, j'ai vraiment commencé à bosser sur un bouquin, depuis le temps que je mijotais le projet. Ça me prend beaucoup de temps, et il n'est pas question que je mette à jour ici avant la fin septembre... et encore, seulement si je reviens vivant d'un voyage (professionnel) au Nevada.

Notes

[1] Les vieux et fidèles lecteurs de mon bloug l'ont connu, il s'appelait Bob Woodward.

[2] Je ne lui en veux pas, il m'a fait embaucher à son tour, quelques mois plus tard, dans son groupe de stars du chaud-bizness. Mais ceci est une autre histoire, hihihi.

[3] Rassurez-vous, les accidents n'avaient pas lieu que le dimanche. Mais, en semaine, il y avait une secrétaire pour guetter le passage des secours.

[4] avec des vrais films Ilford HP5 qu'il fallait développer dans une chambre noire puis sélectionner à la loupe, les jeunes gens n'ont pas connu ça.

[5] (un concours de l'époque pour pousser les consommateurs à consommer).

[6] Je précise que je ne travaillais pas pour le journal qui est représenté ici, mais pour un tout autre titre.

mercredi 30 août 2006

Brève de Fnac

Ils se baladent entre les étagères du rayon bande-dessinée. Lui, plutôt grand, dans les 25 ans. Elle, petite et ronde, très maquillée. Ça fait un moment qu'elle a dépassé la trentaine. Il s'enquiert : "qu'est-ce qui te ferait plaisir, pour ton anniversaire ?". Elle se racle la gorge : "ah, euh, tu sais, je ne voudrais pas te froisser, mais je n'offre jamais de cadeau à mes petits copains pour leur anniversaire. Non, parce qu'après, tu comprends...". Il rigole. Elle continue, en haussant la voix pour couvrir son rire à lui : "...on n'en finit jamais : un cadeau pour l'anniversaire, un pour Noël, un pour les étrennes...". Il l'interrompt : "je m'en fous". Puis il tourne les talons et va feuilleter un polar. Elle le regarde, immobile. Dans ses yeux, une lueur froide : elle vient de comprendre à quel point il est sincère.

lundi 21 août 2006

Qui suis-je, où vais-je, pourquoi ne suis-je pas en train de dormir ?

Billet sauvé par tehu


Florence X, une jeune lectrice, que je ne peux même pas qualifier de "fidèle" vu qu'elle vient d'arriver sans crier gare, m'interpelle par mail :

  • Bonjour, je préfère utiliser le courrier que les commentaires, je ne suis pas à l'aise du tout avec la planète blog que je découvre au hasard de temps à perdre... Mais comment ça marche ? Comment on peut passer autant de temps à raconter sa vie sans oublier de la vivre ? C'est une question à laquelle je viens de trouver une réponse dans votre dernier billet..."Comme j'aime rien je suivais en me demandant s'il y aurait un cyber café". Est-ce que les gens qui bloguent n'aiment rien dans la vie que leur clavier ? En quoi le blog diffère-t-il du cabinet du psy dans lequel on se construit des liens imaginaires, des transferts et tout et tout ? La famille Lechieur, elle fait comment pour résister avec quelqu'un qui aime rien ??

    Dans un blog on est soi-même à 200% ou bien au contraire on se la raconte, on se construit une identité fictive ?

    J'aurais pu poser ces questions aux autres blog que je lis avec plaisir mais manque de bol pour vous, vous avez écrit la phrase qui m'a fait passer à l'action !! La balle est dans votre camp...à vous d'éclairer ma lanterne !

Fichtre ! En voilà, des questions... Et, surtout, un jugement moral implicite pas très agréable à entendre lire : "comment peut-on passer autant de temps à raconter sa vie sans oublier de la vivre ?". Brrrr.

Alors pour les autres, j'en sais rien, mais pour moi, c'est assez simple : contrairement à la moyenne des Français (qui y consacrent plus de 4 heures par jour en moyenne, si j'en crois un article lu ici ou là il y a quelques années), je ne regarde pas la télé. Et je ne passe pas plus d'une heure par jour sur mon bloug, les jours où je mets à jour. C'est à dire assez rarement, il faut le reconnaître. Ca fait que, les jours de grosse productivité LeChieurienne, il me reste 23 heures à vivre ma vie. A savoir, dans le désordre, travailler, manger, lire, faire l'amour, rater l'éducation de mes enfants, déféquer, infuser dans mon bain, rire sottement, ouvrir des bouteilles de vin, inventer des mensonges pour distraire mon banquier, commencer des régimes ou dire bonjour à la voisine.

Ce qui précède, c'est la réponse qui m'est d'abord venue, parce que c'est la vraie. Et puis après j'ai réfléchi, et ça m'a subitement gonflé, ce besoin que j'éprouvais tout à coup de me justifier. "comment peut-on passer autant de temps à raconter sa vie sans oublier de la vivre ?". Et flûte ! Comment peut-on, chère Florence, donner ainsi sans rougir dans la tarte à la crème pour adultes bien-pensants ? Est-ce que tu m'aurais posé la question dans ces termes-là, si je consacrais mon emploi du temps à une toute autre activité ? Je pourrais pratiquer une religion, fabriquer des maquettes en allumettes, traduire des textes albanais, courir derrière un ballon ou me consacrer corps et âme au macramé, personne n'y trouverait rien à redire. En revanche, avouez que vous bloguez, et il y aura toujours quelqu'un pour débarquer avec ses gros sabots et son sac de clichés mal digérés, où il est forcément question de la "vraie vie" et de l'incapacité supposée du blogueur à en profiter. Et alors ? Je ne vois pas bien en quoi le type qui passe trois soirées par semaines à son club d'aquariophilie ou à son association de parents d'élèves serait plus sautillant, mieux épanoui ou plus en phase avec la réalité que moi.

Et l'on arrive à l'inévitable parallèle, blog / cabinet du psy, bin tiens... Dans le cas qui nous occupe, je préfère passer sur les approximations de la question (on ne "se construit" rien chez le psy, et surtout pas des "liens imaginaires" ; quant au transfert, c'est plutôt une saloperie qu'on subit, et dont on se passerait volontiers). Ce qui est marrant, c'est qu'on pose souvent la question aux blogueurs, mais pas aux autres catégories de gens qui utilisent l'expression écrite. Moi, par exemple, quand je bricole un article dans la vraie vie, personne n'aurait l'outrecuidance de penser qu'il peut y avoir un rapport étroit entre mes nombreuses névroses et le contenu de mes proses à but lucratif. Pourtant, croyez-moi, il suffit de me connaître un tout petit peu pour constater que ça suinte de partout, même quand je disserte pendant cinq feuillets sur les témoignages des rescapés de la friche industrielle de Saint-Frusquin-des-Bois. Rassurez-vous, c'est normal : sous des dehors assez rugueux j'en conviens, il se trouve que je suis un être humain.

Evidemment, tout ça m'amène à la question qui tue : pourquoi tient-on un blog, au fond ?

A mon avis, il y a une raison atavique à tout ça. La même que celle pour laquelle on écrit des livres, découvre le feu, marche sur la Lune, court plus vite que ses petits camarades au 100 mètres haies, conquiert le pays voisin, ou grave "Doudou aime Zézette" sur les ruines du Parthénon. Le blogueur ne se distingue pas tellement de ses congénères, finalement : il a envie de laisser son nom quelque part. C'est très emmerdant, mais nous ne sommes que de dérisoires étoiles filantes et ça nous ferait bien chier de passer sans que personne ne nous remarque. La presse locale a très bien compris le truc : tous ses lecteurs apparaissent au moins trois fois dans ses pages. Quand ils naissent et quand ils meurent, à la rubrique "état-civil". Et puis, au milieu, quand ils font une sortie scolaire, quand ils marquent un but contre Sainte-Génisse-des-Berlouzes, ou quand ils pêchent un gardon de 3,20 mètres. On est comme ça, tous. Quand on a sa photo dans le journal, on achète le journal pour y voir son nom imprimé, et pour vérifier l'image de soi qu'on donne aux autres. Même si c'est complètement inconscient.

Après, évidemment, on peut avoir des tas de belles et nobles raisons de faire les jolis sur la blogoboule. Parce qu'on est militant, érudit, drôle, exilé, ou simplement parce qu'on a décidé de s'en mettre plein les fouilles avec la plateforme qu'on vend très cher aux autres blogueurs[1]. En ce qui me concerne, c'est plus bête que ça : chaque fois que j'écris un billet, j'ai l'impression de freiner le cours du temps qui passe. Par exemple, je me souviens avec une acuité absolue de ce jour-là, ou bien de celui-là. Et encore de celui-là, et puis celui-là aussi. Et j'en passe, et des meilleurs. Alors qu'ils seraient déjà partis dans les limbes de ma mémoire oublieuse, si je n'avais pas commis un billet pour m'en rappeler.

Bien sûr, je pourrais tenir un journal intime. J'ai essayé, parfois. L'ennui, c'est que je n'arrive pas à croire en ces trucs masturbatoires : quand on écrit[2], c'est pour être lu. Sinon, c'est de l'auto-tripotage pathologique, et je préfère largement les jeux de société.

Vous pensiez lire un bloug, amis lecteurstrices ? Eh bien voilà, il est temps que vous l'appreniez : en fait vous n'êtes que des alibis pour mes jeux de mémoire. On reste copains quand même ?

Notes

[1] Je vous laisse coller l'URL de votre choix sur chacun des exemples qui précèdent, je ne veux pas d'ennui avec les gens.

[2] Amis lacaniens, bonjour ! Je viens de taper "quand on est cri". C'est pas de l'acte manqué de classe internationale, ça ?

samedi 19 août 2006

Les gars du marketing (suite)

Billet sauvé par Zelda


Un métier : le marketing.

Une mission : repousser chaque jour les limites de la connerie.

(Après avoir vendu du saucisson, les gars du marketing s'attaquent aujourd'hui aux produits laitiers.)

C'était un matin terne, tout en haut de la tour de AgroAlimentaireMondial Incorporated. Jean-Marc avait l'air sombre, Bernard touillait son café sans y croire, et le stagiaire n'éprouvait même plus la moindre érection devant son nouveau photocopieur couleur. Une pluie grasse souillait les grandes baies vitrées, laissant à peine passer une lumière plus grise qu'un spot de pub albanais. Même la bimbo qui s'étalait, en string et en 4m par 3m, sur un projet d'affiche pour des céréales minceur-et-plaisir, avait l'air de vouloir noyer son désespoir dans l'alcoolisme et la boulimie. Car l'heure était grave, et les chiffres formels : l'humanité tout entière avait commencé à manger moins de yaourts que l'année précédente. L'ensemble des indicateurs coïncidaient. On perdait des parts de marché tous les jours. Il était grand temps de se ressaisir.

"On doit faire un débrief dans une heure avec le dégé", annonça Jean-Marc avec une voix sépulcrale. "Tous les résultats sont impactés à mort. C'est la tempête sur les linéaires.
— À mon avis, on a un sérieux problème de concept, renchérit Bernard.
— Ouais, faudrait pouvoir forcer les gens à bouffer plus de yaourts", conclut le stagiaire.

Les autres lui lancèrent un regard froid.

"On ne peut pas FORCER les gens, expliqua calmement Jean-Marc.
— Bin si. Il suffit de faire des yaourts vraiment bons, s'enthousiasma le stagiaire. Comme ça, les gens ne pourront plus s'en passer.
— Imbécile, le coupa Bernard.
— Rhoooo les mecs, vous êtes lourds, reprit l'étudiant. Si on ne peut même plus déconner... J'ai une autre idée. Il faudrait mettre dedans des substances qui rendent dépendant. Mon frère, qui est stagiaire chez un fabricant de cigarettes...
— TA GUEULE !
— ...je me tais. N'empêche, elle est loin d'être bête, mon idée. Le patron de mon frère, il se fait des couilles en or. Et le frangin, il a une indemnité de stage... Et des tickets resto....
— Mais qu'il est con..., soupira Bernard. Tu veux vraiment qu'on ait des lobbies de gauchistes exaltés sur le dos ? Soyons sérieux cinq minutes. Qu'est-ce qui pourrait inciter tous ces veaux à manger du lait fermenté aux morceaux d'OGM ?
— On pourrait leur dire que ça ne fait pas grossir.
— On a déjà essayé. On leur a balancé le yaourt sans gras, le yaourt sans sucre, le yaourt sans acidité, le yaourt sans lait... Non, ça ne suffit pas. Il faudrait réussir à leur en faire bouffer tous les jours. Qu'est-ce que les gens avalent tous les matins sans moufter ?
— Leurs médicaments ?, risqua le stagiaire.
— PUTAIN, oui, la voilà l'idée ! Et si on leur disait que ça les soigne ?
— Ça ne va jamais marcher. Personne n'a jamais guéri quoi que ce soit avec un yaourt.
— Mais si ! C'est préventif ! Ça évite le SIDA !
— Non, pas le SIDA, on va avoir le ministère de la santé sur le dos, et puis les associatifs aussi. Des emmerdeurs.
— Le cancer, alors ?
— Ah oui, c'est bien, ça. Ça leur fiche drôlement la trouille, en général, le cancer.
— Génial. On appelle le service juridique, et on leur soumet l'idée.
— Super. Je contacte mon copain qui bosse dans une revue scientifique. Il va bien nous trouver un prof de médecine à Oulan-Bator pour torcher une petite étude clinique vite fait. Y a plus qu'à trouver une accroche, sur le thème "mangez des yaourts, évitez les tumeurs".
— OK. Je mets les créa sur le coup."

Le stagiaire retrouvait un peu de sens à sa vie. Il commençait à effleurer les touches de son Konica couleur avec bac de triage et agrafage automatique, quand une idée lui traversa l'esprit :

"Hé, les mecs, y a une couille dans votre pré-projet.
— Quoi, encore ?
— Si on leur dit que les yaourts évitent le cancer, qu'est-ce qui va les empêcher de manger ceux de la concurrence ?
— Quoi ? On l'a rachetée, la concurrence.
— Pas les yaourts, non. Les biscuits- aux- céréales- pour- faire- le- plein- d'énergie, oui, mais en produits laitiers, y a encore du monde en face.
— Ah, merde. Reste plus qu'à inventer le yaourt qui empêche le cancer, alors. On a bien des souches de ferments lactiques, dans le coffre ?
— Oui, mais on les a testées le mois dernier. Pas de goût, et ça donne la chiasse.
— Formidable. Lançons une campagne sur le thème "ce qu'il vous fait aux intestins se voit sur votre teint".
— Et pour le goût ?
— Bah, noyons ça sous le sucre et de la vanilline de synthèse.
— Vous délirez complètement, intervint le stagiaire. On ne va pas faire bouffer aux gens tous les matins un produit gras ET sucré en prétendant que c'est bon pour leur santé, y a des limites quand même. Ils ne sont pas si abrutis, si ?"

Les autres partirent dans un grand éclat de rire.

mardi 15 août 2006

Free as a bird

Cet homme est un génie.

Non seulement il est venu de Bruxelles avec un coffre rempli à ras bord de bières que j'aime[1], mais en plus, il m'a permis de passer à Ubuntu. Et je le prouve :

Croyez-moi, c'était pas si facile. Parce que, voyez-vous, j'ai la chance de posséder LE portable Fujitsu-Siemens dont la carte wifi est une grosse daube que Linux n'arrive pas à faire fonctionner. Hé bin ça ne lui a même pas fait peur, à mon copain. D'abord, il a terrassé ma livebox, et puis après il s'est battu avec mon ordi jusqu'à ce que celui-ci reconnût son maître en s'excusant pour le dérangement.

Et voilà. Maintenant, je peux frimer[2] : après avoir essayé puis adopté Firefox, après m'être émerveillé devant OpenOffice, voici que j'ai enfin un OS évolutif et gratuit. Elle est pas belle, la vie ?

La prochaine étape, ce sera de virer totalement la partition Windows qui prend trop de place sur mon disque dur. Eh, Xave, tu ramèneras des bières[3] ?

Notes

[1] Et aussi du Cécémel.

[2] Et aussi faire chier le journal avec qui je travaille, et dont les logiciels spécifiques pour l'écriture et l'envoi des articles ne tournent que sous Windows, hihihi.

[3] et du Cécémel.

lundi 14 août 2006

Récupérable

Je ne suis que "récupérable" (ès qualités d'athée furibard et de noniste convaincu), mais il n'empêche : voilà un billet d'Embruns qui m'a bigrement réjoui. Certes, il est dommage que l'auteur ne se soit pas plus documenté : il aurait pu aborder le sujet des gastéropodistes. Mais nous lui pardonnerons.

dimanche 13 août 2006

Le saviez-vous ?

De xave.org à brols.net, en fait, il y a même 6 heures de route. C'est dingue, quand on y pense.

mardi 1 août 2006

Breizh for ever

C'est sympa, la Bretagne. Surtout, c'est pas très loin de chez moi, alors ça fait des vacances pas trop chères pour la marmaille des précaires fauchés dans mon genre. Pas vraiment exotique, comme aventure, d'autant que j'ai plutôt écumé les côtes granitiques dans une précédente vie professionnelle, mais bon. J'aime bien. Ses rochers déchiquetés qui font mal aux pieds, ses hortensias bleus plantés partout à en vomir, ses langoustines décongelées au micro-ondes, ses distributeurs de billets bilingues (français / breizhonig, les touristes étrangers n'ont qu'à apprendre le breton, merde alors, quoi), ses "bonshommes accrochés" (comme dit mon fils pour désigner les calvaires bretons) plantés à tous les carrefours, et puis la douceur de ses particularismes locaux... Par exemple, si tu demandes une "crêpe de sarrasin au beurre" en Ille-et-Vilaine, on te plante une fourchette entre les deux yeux avec un gros soupir excédé : "une GALETTE, monsieur". Mais si tu exiges une "galette au beurre" dans le Finistère, on te décapite à la hache en te faisant la leçon : "c'est une CRÊPE de blé noir, connard". Moi, ça me perturbe, parce que ma grand-mère de Concarneau[1], elle faisait des galettes merveilleuses, et Concarneau, jusqu'à preuve du contraire, c'est bien dans le Finistère. Alors je continue à faire mon touriste et à utiliser le terme familial. Un jour, on me servira un biscuit de Pont-Aven dans une assiette bleue, et j'aurai l'air bien con.

Adoncques, j'étais en Bretagne la semaine dernière. Près de la Baie des Trépassés, plus précisément. Pendant une quinzaine de jours, j'ai soigneusement entretenu mon cholestérol à grands coups de GALETTES et de kouign-amann, et puis aussi je me suis fait légèrement chier sur fond de lande aride et d'embruns iodés. Ah oui, parce que la Baie des Trépassés, c'est joli, mais c'est loin. De tout.

Et puis, vendredi, on est montés en famille sur un gros bateau qui sentait le mazout, et on est allés droit sur l'île de Sein. Il s'agissait de faire plaisir à Madame LeChieur, qui aime beaucoup les émissions de Georges Pernoud, ainsi qu'à la marmaille LeChieur, qui prépare une thèse de grande section de maternelle sur les gros bateaux. Moi, comme j'aime rien, je suivais le mouvement en me demandant s'il y aurait un cyber-café.

Putain, l'île de Sein ! Même envahi par mille touristes par jour, c'est vachement beau. Imaginez des rochers nus, des maisons blanches, et des phares qui se profilent sur un ciel peint par Magritte[2]. Et puis pour l'accueil, la grande classe ! Le Breton hésite peut-être parfois à ouvrir ses bras velus en direction du touriste qui passe, mais le dauphin, lui, il était carrément content de nous voir débarquer. En tout cas, il nous a accompagnés pendant plusieurs milles[3], jusqu'à l'accostage.

Rhaaaaa, le silence de l'île de Sein. J'en veux encore. Pas une bagnole qui passe, pas une mobylette, pas un abruti en rollers, rien. Que des mouettes qui braillent et des tiroirs-caisses qui sonnent. Et l'hiver, comme ce doit être beau, ce caillou déchiré par les vents et érodé par les flots, avec les vagues qui sautent par dessus la digue, et les désespérances crépusculaires des vieilles Sénanes qui se ravitaillent en Prozac au beurre salé pour tenir le coup jusqu'à l'été...

Sérieusement, je me suis imaginé là, achetant une de ces innombrables maisons à vendre, et posant une heure de mer entre la frénésie du monde et moi. Et ça m'a carrément ragaillardi. Je ne suis même pas allé à la cyber-crêperie[4].

Notes

[1] Elle vivait à Concarneau, mais était normande pur-jus. L'honneur est sauf.

[2] Apprenons à faire chier les Bretons en 10 leçons. Leçon numéro 1 : prétendez que leur ciel a été peint par un Belge.

[3] En fait, j'en sais rien, je suis nul en distances, sur terre comme sur mer.

[4] Si si, ça existe.