jeudi 29 juin 2006

La solitude du kleenex usagé, le matin, au fond de la poubelle

Bientôt deux ans que je suis pigiste, et je n'ai, rassurez-vous, plus aucune illusion sur le joli monde de la presse. Enfin c'est du moins ce que je croyais.

Je pensais qu'on m'avait tout fait : les sales plans, les bons de commande foireux, les chèques étrangement égarés par la poste, les statuts de merde, les bidouilles pseudo-légales pour me payer sans me déclarer, les sujets pourris, les sujets décalés aux prochaines calendes grecques, les sujets refusés, les paroles données et démenties au moment du règlement, les paiements à 6 mois, les travaux retirés EN COURS de rédaction ("finalement, tu n'as pas été retenu", entendez "bon, en fait on a trouvé un autre con à encore moins cher"), les rédacteurs en chef de canards professionnels qui proposent SANS ROUGIR aux pigistes de courir aux quatre coins d'un bon quart de la France pour faire des brèves à 32 euros bruts le feuillet, les secrétaires de rédac qui changent le sens d'un papier en le caviardant à la hache, les signatures "oubliées", les préférences données aux concurrentes à gros seins ("oui, LeChieur, c'est vrai que ses papiers ne sont pas très bons pour le moment, mais j'ai confiance en son potentiel" (SIC !, pincez-moi, je rêve), les promesses vérolées, et le gentil petit journal très sympa qui n'a pas les moyens de me payer pour l'instant, mais un jour, c'est sûr...

Je pensais être au bord de l'overdose de couleuvres, tellement j'ai avalé de ces trucs visqueux au cours des 24 derniers mois.

Hé bin non.

Ce n'était pas assez.

La nouveauté, maintenant, c'est le coup de fil surprise pour te proposer un boulot stable (mal payé, chiant, dans un canard pourri MAIS stable)... Et puis après, hop, on oublie, on n'en parle plus, on joue les amnésiques. "Comment, un poste de permanent ? Ah non, finalement". C'est tout ? C'EST TOUT, PUTAIN ?

Bin oui, c'est tout. Pas d'état d'âme, pas de ménagement. Pigiste, tu te prenais pour qui ? Un être humain, peut-être ? Héééééééé non ! Tu n'es qu'une merde.

Alors voilà, si vous entendez parler d'un quelconque boulot (donneur d'organes, prostitué, dame-pipi, kleenex humain, testeur de croquettes pour chien, ingénieur-conseil en coprolalie, raconteur d'histoires, correcteur de mots-croisés, épongeur de vieux dans une maison de retraite, tout ce que vous voudrez sauf pigiste), je prends. Accessoirement, si vous avez une île déserte sous le coude, ça m'intéresse aussi. Je cherche un endroit calme pour pouvoir pousser un long cri haineux sans faire chier les voisins.

dimanche 25 juin 2006

Les vaches, rousses blanches et noires

Les vaches rousses, blanches et noires
Sur lesquelles tombe la pluie
Et les cerisiers blancs made in Normandie
(Stone & Charden)

Hier, ça sentait les vacances. Un vrai week-end, enfin, sans m'esquinter les yeux sur l'écran de l'ordi, sans me lever à 5 heures pour écrire et sans fumer tout un paquet de Camel d'affilée en tapant des articles dépourvus du moindre intérêt. La joie, quoi.

Pour l'occasion, on était invités chez des amis qui viennent d'acheter un camping dans un magnifique bout de Cotentin. Imaginez : un village en pierre, une route qui serpente, de la lande qui s'agite sur la dune, et un panorama grand ouvert sur une baie sauvage. Quand Jérôme m'a proposé de venir, vendredi, j'en sautais de joie. Je m'y voyais déjà... Le transat sous le soleil, la douce odeur de grillades, un filet de transpiration sur ma tempe, une chaleur sur ma nuque, et un ciel bleu à faire fondre les pierres.

Raté. On est arrivé en plein camaieu de gris et de vert mouillés, avec des nuages bas qui se prenaient pour l'écume. Au moment de passer à table, on s'est réfugiés dans la future friterie de Jérôme, une cabane en bois qu'il vient de monter à côté de l'accueil. On s'est jetés sur les pulls, et on s'est réchauffés autour d'un café fumant. On a passé une nuit froide et humide dans un mobilhome traversé de courants d'air, en se collant l'un contre l'autre pour se sentir pas tout à fait morts. Et ce matin, quand j'ai mis le cap sur la boulangerie du village, ça sentait le sable et la terre gorgés d'eau.

Hé bin en fait, ça m'a ragaillardi, cette pluie. Je m'étais laissé égarer, avec mes clichés de vacances au soleil. J'avais oublié ces sensations-là, mes seuls vrais souvenirs de vacances dans le Cotentin, quand j'étais môme. On y gèle, on n'a plus un centimètre carré de sec, mais c'est vachement beau et, somme toute, on est plutôt bien.

Un p'tit village plein d'amis
Et puis les filles aux joues rouges
Qui donnent aux hommes de là-bas
Qui donnent aux hommes de l'amour
L'amour made in Normandie

mardi 20 juin 2006

Conseils pour un stagiaire qui s'ennuie dans son agence de presse

Corrigé de notre petit exercice du 17 juin. Je précisais alors que le texte était extrait du Nouvel Observateur, mais il ne faut pas en tirer de conclusion hâtive : ce journal n'est pas le seul à avoir reproduit, sans la corriger, cette dépêche d'agence. Bien au contraire. Je l'ai trouvée dans au moins trois titres différents. Allez, c'est parti :

Ségolène Royal a été la cible d'un entarteur lors d'un de ses déplacements à La Rochelle. Ce dernier a été mis en garde à vue.

Oula ! Y a du boulot. Alors allons-y : "ce dernier", c'est bien quand on vient de faire une énumération : "LeChieur a plusieurs lecteurs fidèles, Mémé, Zako, Xave... Si ce dernier est très laid, les autres ne sont pas très jolis non plus". Sinon, on préfèrera "celui-ci". Et on s'arrangera pour qu'il n'y ait pas de confusion possible : ici, "ce dernier", vu sa position, se rapporte à "un déplacement à la Rochelle". On se demande bien pourquoi un bête déplacement se retrouve en garde à vue.

Ce dernier a été mis en garde à vue.

Encore un coup de Sarkozy ! Parce que là, c'est vraiment la double peine. Déjà, je ferais la gueule si je devais être placé en garde à vue. Mais je ne suis pas sûr d'apprécier, en prime, de m'y faire mettre.

Ségolène Royal a été victime vendredi 16 juin d'un entarteur sur le parvis de la gare de La Rochelle. La député socialiste

Bon, c'est vrai qu'elle est députée, donc la formule n'est pas fausse sur le fond. Mais, dans le contexte, elle est plus candidate que députée, non ? Par ailleurs, "la député" (article féminin, substantif masculin), c'est typiquement la position du lâche. Soit on joue la carte "féminisons les noms de métiers", et on y va à fond (la députée), soit on la joue crypto-machiste (le député), soit on trouve une autre formule (la candidate). Mais là, on passe surtout pour une lamentable andouille.

a été atteinte par une tarte à la crème jetée par un jeune homme

Certes, l'expression consacrée veut qu'on jette la pierre le premier, quand on n'a jamais fauté. Mais, pour les autres projectiles, lancer sera moins équivoque. Sinon, "elle a été atteinte par une tarte à la crème jetée par un jeune homme", ça laisse croire qu'elle reposait au fond d'une poubelle à l'heure où le type faisait le tri dans son frigo. Et, vu l'aspect lourdement contondant d'une tarte à la crème, il semble qu'elle ait davantage été atteinte dans son honneur qu'au visage, mais bon, on a déjà pas mal à faire avec le redoublement de construction "atteinte par... jetée par...", alors on évitera de s'en prendre à la vertu des mouches.

qui a été interpellé par les forces de l'ordre, a-t-on appris dans son entourage.

Ah, c'est donc l'entourage du jeune homme qui renseigne les journaleux, bravo, belle mentalité. Les possessifs pour éviter les répétitions, c'est bien, mais il faut apprendre à s'en servir, sinon on est tout de suite ridicule.

Ségolène Royal se dirigeait vers des élus et sympathisants, réunis sur le parvis de la gare de La Rochelle vendredi après-midi quand

Ah oui, les phrases longues c'est difficile à lire (et à écrire, hein ! C'est que ça souffre, un stagiaire !). Alors on insère une virgule au hasard. Cette fois, c'est raté. Juste avant "vendredi", c'eût été plus correct.

"un homme, profitant de sa grande taille, a jeté depuis l'arrière du groupe une tarte avec beaucoup de crème et une seule fraise" sur l'élue, a raconté Denis Leroy, membre de son entourage proche et présent sur les lieux.

Re-belote, c'est l'entourage de l'entarteur qui fayote, c'est bien la peine d'avoir des copains, tiens...

"A la rigolade"

L'intertitre le plus consternant qu'il m'ait été donné de lire ces derniers mois. Qu'on mette entre guillemets une expression familière, grossière, vulgaire ou, comme c'est le cas ici, parfaitement ridicule, pour respecter les propos de la personne qu'on cite, c'est très bien. Mais hors-contexte, c'est pas fameux. On se dit qu'ils sont tombés bien bas, à l'agence de presse, pour embaucher des enfants de 7 ans.

Selon lui, Ségolène Royal vêtue d'un tailleur blanc à rayures marron

Et selon les autres membres de son entourage, elle était vêtue comment ? La police interroge tous les témoins pour tenter de répondre à cette délicate question.

"a pris la chose à la rigolade mais s'est tout de même dirigée vers le jeune homme pour lui dire: Je ne sais pas qui vous êtes, mais ce que vous avez fait, ça n'est pas un acte de courage, c'est une agression". La candidate socialiste actuellement en tête des sondages à l'élection présidentielle, a fait part de son intention de porter plainte.

L'entarteur n'en est pas à son coup d'essai, il est connu à La Rochelle pour des actes similaires sur le maire socialiste Maxime Bono.

Là, on sent la fin de rédac. Le bureau n'est pas climatisé, et il y a le collègue qui piaffe d'impatience, parce que le stagiaire a promis qu'ils iraient boire une bière dès qu'il aurait terminé son papier. Du coup, il retrouve ses réflexes du CM2, quand il se gourait toujours dans la ponctuation et confondait la virgule avec le point.

Après l'agression,

Ah bin oui. Si notre bonne Madame Royal qualifie l'entartage d'agression, le stagiaire dit que c'est une agression. Il est tout jeunot, mais il a déjà compris comment on fait carrière dans la presse, celui-là. Il manque quand même un point : il aurait pu doubler son score avec "après la lâche agression".

il a été interpellé et placé en garde à vue au commissariat de la ville.

Allez, hop, deux bons gros pléonasmes pour finir, ça ne mange pas de pain. "Il a été attrapé au lasso et placé en garde à vue dans un champ de luzerne", ça aurait été plus rigolo, mais, hélas, la police nationale n'est guère primesautière. Pour placer en garde à vue, elle commence par interpeller. Et, pour des raisons pratiques qui n'appartiennent qu'à elle, elle retient généralement ses gardés à vue au commissariat de la ville plutôt qu'aux Galeries Lafayette, c'est con.

Résumons. Notre jeune stagiaire écrit comme on se torche, s'intéresse à la couleur des vêtements des candidates politiques, cite n'importe qui, n'importe comment, écrit ce qu'on lui dit d'écrire, ne se relit pas ? Bravo ! 20/20. Une longue carrière s'ouvre devant lui. Avec de telles dispositions naturelles, il peut même briguer un poste important dans une chaîne de télévision.

Post-scriptum. Je suis bien vilain de m'attaquer à ce pauvre stagiaire. Florilège des résultats de Google News sur cette affaire plutôt tarte :

  • "Je l'ai entarté pour la ramener à la triste réalité" (Nouvel Observateur, 18 juin).
  • "tout le monde doit être au courant que Ségolène Royal s'est prise une tarte à la crème..." (Indymedia, 19 juin)
  • "la conspiration pâtissière à encore frappée" (Samizdat, 19 juin)
  • "Ségolène Royal s'est faite entarter" (ça se passe comme ça, 17 juin)

Je vais vomir. Trop de tarte, sans doute.

lundi 19 juin 2006

19 juin

C'est le 19 juin 1986. Assis à l'arrière de la R20 familiale, un tétard de 14 ans se réjouit en silence : pour fêter la fin du brevet du collège, ses parents l'emmènent déguster une "Orientale", merguez et poivrons, dans sa pizzeria préférée.

Il fait beau, c'est bientôt l'été. Ciel bleu et lumière ruisselante, pas une ombre au tableau. Le brevet, il l'aura les doigts dans le nez, 18 de moyenne si on ne compte pas le sport. Plus tard, il fera des études de Lettres, parce qu'il veut devenir "journalistécrivain", en un seul mot. Il rêve de travailler pour Libé le jour, et de recevoir le prix Nobel de littérature la nuit. Ou, au minimum, de passer dans l'émission de Bernard Pivot.

Pour l'heure, le tétard sent l'eau lui monter à la bouche, quand il imagine la pizza qui l'attend. C'est qu'il aime ça, le bougre. Au moins autant que ses livres et son ordinateur, un vieux TRS-80 (étendu 82). Il n'y a pas encore de mot pour désigner les boutonneux rachitiques comme lui, qui passent leurs week-end plongés dans L'Ordinateur Individuel, se nourrissent de pizzas et de sandwiches au thon, et arborent un "look", comme on dit alors, hystériquement déprimant : cheveux de paille en désordre, lunettes à monture argentée, pantalon mou, baskets pourries, teint d'endive périmée.

Soudain, la radio retentit dans l'habitacle, pendant qu'on traverse la plaine : Coluche est mort. Le tétard s'indiffère. Il est trop jeune pour avoir ri aux sketches de l'homme à la salopette. Pour lui, Coluche, c'était seulement un humoriste gras sur Canal +, et une rengaine entendue l'hiver dernier au top 50. "Aujourd'hui, on n'a plus le droit ni d'avoir faim ni d'avoir froid...". Nul à chier, ce truc. Notre valeureux adolescent préfère retourner à ses songes de scoops et de pages cinglantes et définitives.

Il ne le sait pas encore, mais sa vie est en train de basculer. Il y a quelques mois, déjà, il a levé un nez acnéique et étonné sur une bouleversante apparition : un démon inconnu du monde de Cthulhu, une créature aussi énigmatique que douloureusement attirante, un piège abyssal dans lequel il s'est laissé aspirer pour la perte de son âme. Comment ça s'appelle, déjà, ce truc ? Ah oui. Une fille. Une ravissante Allemande qui a réussi à faire battre son coeur encore plus fort que les listings de Hebdogiciel, c'est dire.

Dans deux mois, il fera le grand saut. Il ira au lycée, à la ville. A l'internat, même. Il vivra l'euphorie de ses premières grèves, refera le monde dans un coin de bistrot enfumé, se brûlera les yeux sur de la littérature américaine, écoutera du rock en boucle, braillera des chansons révolutionnaire avec ses potes, s'ennuira dans le confinement et la crasse du "foyer mixte", grandira un tout petit peu. Il tombera éperdument amoureux, aussi, et se consumera entre délices et souffrances, épuisement des sens et perte d'illusions. La date du 19 juin prendra alors pour lui une résonance particulière, celle d'un coup de tonnerre sans rapport avec Coluche. Et puis ce vacarme intime se taira peu à peu avec le temps. Des décennies plus tard, il n'en restera qu'un écho lointain, une réminiscence inconsciente qui surgira de temps à autre. Tiens, c'est marrant, j'ai écrit "19 juin".

Ensuite, notre jeune homme ira à la fac, s'y emmerdera ferme, accumulera les petits boulots pour se distraire. Il grossira un peu, tombera encore amoureux, et fera des arrangements avec ses anciens rêves de fulgurances littéraires.

Et enfin, un beau jour, il se souviendra avec une précision étonnante du 19 juin 1986. Vingt après, pile poil. Parce que la mémoire, des fois, c'est drôlement farceur.

(Joyeux anniversaire à toutes celles qui sont nées un 19 juin. Sans rancune).

samedi 17 juin 2006

Jouons un peu avec nos amis les journalistes

''Exercice. Réécris le texte ci-dessous en français, en faisant en sorte qu'il soit compréhensible et d'un niveau de langue correct (ni trop littéraire, ni trop familier). Pour participer, utilise les commentaires. Date limite de remise des copies et correction : lundi 19 juin à 9 heures.

Attention : comme tu peux le vérifier sur le site du Nouvel Observateur dont il est extrait, ce véritable morceau d'anthologie n'a pas été truqué par nos soins. Toutes les fautes, confusions ou approximations lexicales sont d'origine !''


***

Ségolène Royal a été la cible d'un entarteur lors d'un de ses déplacements à La Rochelle. Ce dernier a été mis en garde à vue.

Ségolène Royal a été victime vendredi 16 juin d'un entarteur sur le parvis de la gare de La Rochelle. La député socialiste a été atteinte par une tarte à la crème jetée par un jeune homme qui a été interpellé par les forces de l'ordre, a-t-on appris dans son entourage. Ségolène Royal se dirigeait vers des élus et sympathisants, réunis sur le parvis de la gare de La Rochelle vendredi après-midi quand "un homme, profitant de sa grande taille, a jeté depuis l'arrière du groupe une tarte avec beaucoup de crème et une seule fraise" sur l'élue, a raconté Denis Leroy, membre de son entourage proche et présent sur les lieux.

"A la rigolade"

Selon lui, Ségolène Royal vêtue d'un tailleur blanc à rayures marron "a pris la chose à la rigolade mais s'est tout de même dirigée vers le jeune homme pour lui dire: Je ne sais pas qui vous êtes, mais ce que vous avez fait, ça n'est pas un acte de courage, c'est une agression". La candidate socialiste actuellement en tête des sondages à l'élection présidentielle, a fait part de son intention de porter plainte. L'entarteur n'en est pas à son coup d'essai, il est connu à La Rochelle pour des actes similaires sur le maire socialiste Maxime Bono. Après l'agression, il a été interpellé et placé en garde à vue au commissariat de la ville.

mercredi 14 juin 2006

On ne lira plus Libé

Et voilà, ça y est, on le savait depuis longtemps, mais maintenant c'est sûr : on ne lira plus Libé.

Pas vraiment que j'aie une tendresse infinie pour Serge July, hein. Certes, l'image du vieux lion blessé a dû s'imposer à moi, pendant deux bonnes fractions de seconde. Mais je me suis vite ressaisi, rassurez-vous. Et surtout, je me suis dit que c'était sa faute, cette débâcle. Plutôt que d'en arriver là, il aurait mieux fait de fermer boutique avant de vendre son âme au diable. Bien fait pour lui, finalement.

Il n'empêche : je suis triste pour la presse en général. Quand un actionnaire très proche d'un futur président de droite s'offre un journal identifié à gauche pour, un an après, en virer le fondateur, on ne peut pas vraiment dire que ça fait progresser l'indépendance de la presse... C'est le deuxième effet kiss-cool du libéralisme, ça, coco. Dans les dictatures, la presse est aux ordres. Dans le monde rêvé de Sarkozy, elle est seulement achetée.

Et puis je suis triste aussi pour la gauche. On peut persifler tant qu'on veut sur les dérives bobos, branchouilles et gentiment centristes du Libé de ces 10 dernières années, il n'empêche que c'était bien un quotidien national étiqueté plutôt à gauche. Le seul, même, depuis la disparition du Matin. Ah bin merde, c'est fini, alors, la PQN de gauche ? Eeeh oui, coco, c'est fini. En quotidiens, (Edit :) Bin non, c'est pas complètement fini, il y a L'Humanité qui bouge encore[1]. Sinon, il nous reste les bon gros papiers bien réac du Figaro, les faits-divers du Parisien, l'option "sport, paillettes et cul" de France-Soir et celui que je déteste par dessus tout, le bon élève du premier rang avec ses petites lunettes et sa tronche en biais, moitié sérieux, moitié très chiant, j'ai nommé Le Monde. Avec ses airs de ne pas y toucher, ce journal me fait penser à Agnan, pour ceux qui connaissent Le Petit Nicolas. C'est dire le peu de respect que j'ai pour lui.

Alors aujourd'hui, pour la dernière fois, sans doute, j'ai acheté Libé comme on se met un crêpe noir, en signe de deuil. J'y ai donc lu le dérisoire texte de la société des rédacteurs, qui apparaît en Une. "Contre vents et marées, Libération a été, reste et doit rester libre dans sa prise de parole, libre de porter son propre regard sur la société". Après le licenciement économique de 56 salariés, puis le limogeage de leur PDG, je trouve qu'il leur reste encore un peu d'humour, chez Libé. De l'humour noir, bien sûr. En tout cas, moi, cette jolie déclaration d'intention m'a fait hurler de rire. Jaune.

Il y a quelques jours, j'envoyais un mail à Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts. Deux journalistes au style plutôt drôle et vachard qui commettent des papiers à deux, dans la rubrique télé. Je vous laisse ci-dessous le texte intégral de ce courrier. Mais je vous préviens : si vous n'avez jamais été lecteur de Libé, il y a des allusions qui risquent de vous échapper.

  • Chère madame Garriberts, cher monsieur Rogos (à moins que ce ne soit l'inverse),

    Je suis venu vous dire au revoir.

    Vous allez penser que c'est complètement absurde, vu qu'on ne s'est jamais dit bonjour et que vous ne savez même pas qui je suis, mais bon, hé, ça va, c'est juste une façon de parler, rhôôô.

    Et puis vous n'y pouvez rien, c'est la rançon de la gloire, ça, cocos. On fait des articles dans le journal, on signe de son nom un peu par faiblesse, un peu pour frimer. Comme ça, Maman en parle à son coiffeur, les anciennes copines du lycée se disent "tiens, qu'est-ce qu'il est devenu, Garrigos, est-ce qu'il a toujours son sweat-shirt mauve et vert avec "OULAN-BATOR UNIVERSITY" écrit dessus ?", et la cousine par alliance fait sa maligne chez sa boulangère (qui s'en fout, d'ailleurs, vu qu'elle lit Le Parisien). Ca c'est le début. Après, on s'habitue à la notoriété, et on craque : on finit par indiquer son adresse e-mail dans Ecrans. Alors là, paf !, on reçoit des lettres d'inconnus dont tout porte à croire dès la première phrase qu'ils pourraient se révéler assez instables de la tête, voire limite inquiétants si on les invitait à boire un verre à la rédaction.

    Je vous rassure, je n'ai pas soif.

    Bon, faisons fi de ces circonlocutions, et allons droit au but : ça m'attriste, mais vous n'allez plus éclairer mes samedis avec vos brillants papiers. Snirfle.

    Quand j'avais 10 ans, je lisais Libé en cachette (surtout pour la rubrique "Les Copines" dans les petites annonces, autant l'avouer d'emblée pour être à demi-pardonné, on a les turpitudes qu'on peut). Pour mes 12 ans, Libé sortait son fameux numéro spécial sur la mort d'Hergé (je l'ai toujours), et je trouvais ça vachement plus classe que la nécro bâclée qu'on pouvait lire dans le Ouest-France de mon père. Entre 15 et 18 ans, je consacrais à ce journal une proportion énorme du maigre argent de poche qui m'était dévolu (dans le but, principalement, de faire le joli-qui-lit auprès des copines, c'est ce que j'appelle une croissance cohérente). Vers 20 ans, j'ai ENFIN appris ce qu'était un futon, et j'ai failli écrire à Monsieur Omoté pour le remercier d'avoir, tant d'années durant, bercé ma folle jeunesse avec le mystère quasi-quotidien de ses énigmatiques petites annonces. Encore un numéro spécial, sur Gainsbourg cette fois, on continuait d'avoir à peu près les mêmes goûts, ce canard et moi. C'est vous dire si je suis un authentique ancien lecteur de Libé, hein. Je ne demande pas de médaille, notez.

    Et puis le journal s'est recentré, a sorti sa catastrophique nouvelle formule, l'a changée plein de fois, July a continué de grossir et de vieillir, le ton s'est émoussé, bref c'est devenu un peu plus chiant, à peu près autant que le Ouest-France de mon père, et je l'ai acheté de moins en moins souvent.

    L'année qui vient de s'écouler a fini de tuer notre histoire commune, faut me comprendre : y avait plus de désir. L'interview faussement agressive de Sarkozy-le-copain-de-l'actionnaire (où les questions étaient tellement caricaturales qu'il ne pouvait qu'en sortir grandi, c'est quand même un comble), la vulgarité voyeuriste du cahier "du cul ! du cul ! cul !" de l'été dernier (pourtant, de ce côté-là, je vais bien, merci beaucoup), la mollesse du propos, tout ça a achevé de me détourner définitivement de Libé.

    Sauf le samedi.

    Mon petit plaisir du jour de repos. Un café-comptoir, un croissant, et hop, directement à la page des Rogos.

    Vous voyez, j'ai des goûts simples.

    Le jour où vous avez troussé votre papier sur l'anniversaire de Thalassa, par exemple, j'ai failli faire pipi sur le lino, de bonheur. Comme en plus je ne la regarde pas vraiment, la télé, votre chronique me permettait de rester "en phase avec mon époque", comme disent les gens qui sautillent avec un attaché-case, quand le sang n'arrive plus à oxygéner leur cerveau.

    Et là, depuis trois semaines, la Bérézina. La page des Garriberts n'est plus dans le journal, mais noyée dans un supplément qu'on veut me fourguer pour 80 centimes de plus à la rentrée... Vous voulez être tondus à la Libération, ou quoi ? Non, parce que, quand même, hein, quel supplément ! Vous féliciterez de ma part le pur génie qui s'est chargé de la conception et de la ligne éditoriale. Ou plutôt non, faites-le piquer.

    Résumons : une maquette pseudo-branchouille qui fatigue les yeux, un papier détestable au toucher, un format indépliable sur un comptoir de bar (et aux toilettes, je ne vous dis même pas), bon, passe encore. Que ça rappelle les innommables "Achetez des trucs, endettez-vous en succombant à vos Tentations" ou "Catherine Deneuve aime les montres en or, bavez d'envie bande de bobos fauchés !", c'est déjà une faute de goût en soi, mais surtout il semblerait que quelqu'un ait oublié au passage que c'était avant tout destiné à être LU, ce truc. Pas seulement à fourguer des pages de pub à la FNAC, je veux dire.

    Et le contenu ? Pratique, le contenu. Achète "Ecrans", tu auras un petit peu de Télérama, un petit peu des Inrocks, un petit peu de Teknikart, un gros soupçon de Femme Actuelle, un chouïa de "Je consomme-Hebdo", et une pincée de "Chic, j'ai des boutons, je joue à la playstation". PRE-CIS, le ciblage ! On y cause de tout et de rien, des trucs qu'on a vus cent fois sur internet, de ce que des gens qui travaillent à la télé regardent à la télé, de jeux vidéo pour crétinoïdes attardés, et de mon beau téléphone- mobile- oh- qu'il- est- beau- mon- substitut- phallique- je- ne- peux- pas- m'empêcher- d'y- toucher, MAIS BORDEL, C'EST QUOI, CE TRUC ? (Bon, je vous remercie quand même collectivement, vos collègues et vous, pour le fou-rire de la une de la semaine dernière. "Créez votre blog" - je cite de mémoire -, c'est de loin le titre le plus audacieux que j'aie vu dans la presse française ces derniers temps. Le Chasseur Français est le dernier à ne l'avoir pas encore fait, mais il paraît qu'ils bossent énergiquement pour rattraper leur retard).

    Vous savez quoi ? Ca y est, le vieux July a rempli sa mission, il peut mourir serein. Il a complètement fini de transformer son journal sans pub des années 1970 en tisane pas trop infusée pour annonceurs pas regardants. Et votre truc, on dirait définitivement le Ouest-France-Dimanche de mon père (y a dedans un cahier qui s'appelle "Le Guide", c'est à peu près aussi bien ciblé qu'Ecrans. Eux aussi, ils causent de télé sans indiquer les programmes, pour qu'on n'oublie pas d'acheter le journal en semaine. Mais au moins, ils ont le bon goût de faire ça sur du vrai papier, pas sur un truc qui sent le produit de régie de pub à plein nez et sur lequel il est impossible d'éplucher proprement le poisson).

    Alors bon, voilà, quoi. La rupture est consommée.

    Je n'aurai plus de nouvelles du chouette monde primesautier de la télé, je m'ennuierai un peu plus le samedi matin au café (le Monde 2, c'est assez austère pour commencer le week-end), mais ça me botte moyennement qu'un ex-HEC me prenne pour une andouille consumériste, et je ne peux pas imaginer que quelqu'un d'autre qu'un ex-HEC flapi ait conçu ce consternant ratage.

    Vous me direz que je ne suis pas bien charitable de m'en prendre à vous, qui n'y êtes sans doute pour rien. Mais c'est votre faute si, ces derniers temps, je claquais 1,20 € par semaine pour vous lire, alors hein. Et puis vous n'aurez qu'à imprimer mon mail à l'attention de l'ex-HEC, ça le changera des sourires compassés des anciens copains de promo qu'il croise au squash le samedi.

    Au passage, faites une bise de ma part à Florence Aubenas. Si j'avais encore 15 ans en 2006, et si je rêvais encore d'être journaliste, ce serait sans nul doute grâce à elle, et à l'honneur qu'elle fait à sa carte de presse.

    Et sans rancune. Pour le divorce, on fait ça simplement. Je vous laisse les meubles et la garde de July, j'aurais trop peur qu'il me bousille les tapis.

Voilà. Je ne retire pas un mot de ce courrier. Pour info, les Garriberts m'ont répondu brièvement. Je l'ai aussi envoyé à Gaudemar, le directeur de rédac, mais il n'a visiblement pas leur sens de l'humour.

Bon, tout n'est pas perdu, hein. Il reste Charlie-Hebdo et le Canard Enchaîné. Deux journaux du mercredi qui m'énervent parfois, m'agacent souvent, me réjouissent toujours. Deux canards qui vivent sans pub. Une bonne raison de les soutenir tant qu'on peut.

Notes

[1] Merci aux lecteurs qui m'ont mis le nez dans mon caca, je ne sais pas comment expliquer cette crise d'amnésie aigüe. D'autant que je suis un ancien lecteur de Pif, zut alors, j'aurais jamais dû écrire un truc aussi débile...

dimanche 11 juin 2006

IMC...

27,7.

Aujourd'hui, j'ai décidé de faire un régime. Amusant, ça tombe pile-poil le jour où Laurent (d'Embruns) publie ça.

"Croyez-moi, se sentir désirable à quarante ans, ça n'a pas de prix". Alors à 35, ça va être la fête !

Bon, demain j'achète une balance.

On devient moins exigeant, avec l'âge...

Il y a 20 ans, je suis allé voir un journaliste de ce groupe de presse, lors d'une rencontre "Rotary-Club" organisée par le conseiller d'orientation de mon collège. J'ai trouvé un loser pitoyable, qui tentait de me convaincre que la presse régionale, c'est vraiment le bonheur. Je me suis dit "quel vieux con, ce type ! Jamais je ne bosserai pour un canard pareil. Moi, je serai éditorialiste à Libé ou rien".

Il y a 10 ans, j'ai travaillé pour un journal de ce groupe de presse, le temps d'un remplacement de congé maladie. A la fin des trois mois, on m'a proposé un poste en CDI. J'ai hésité pendant trois jours, puis j'ai refusé.

Il y a 2 jours, la rédac'chef m'a appelé pour savoir si ça m'intéressait, un boulot à temps plein dans ce groupe de presse.

Et cette fois j'ai dit oui.

jeudi 8 juin 2006

Le poids des mots, le choc des photos.

Cette image[1], qui se passe de commentaires, accompagne un article d'Agoravox, dont je ne peux que recommander l'édifiante lecture.

Il devient de plus en plus urgent de relire Matin Brun, la nouvelle de Franck Pavloff. Pour les distraits et les oublieux, le (court) texte intégral est ici, mis en ligne par Wazoo.

Post-scriptum. Si quelqu'un connaît l'auteur de cette photo (ou le détenteur des droits si droits il y a), ou si ce (cette) dernier (ère) se reconnaît, merci de me contacter pour que je puisse indiquer le crédit (ou enlever l'image si les droits sont restreints). Edit : il s'agit de Jack GUEZ, grâces lui en soient rendues.

Deuxième post-scriptum. Ka a fait un beau billet avec cette photo et quelques autres[2]. Des lecteurs à lui s'en sont froissés, à tel point qu'il a été obligé de fermer ses commentaires. Alors je commente de chez moi : merci, m'sieur Ka.

Notes

[1] extraite de ce blog

[2] et la citation d'un poème de Prévert que j'avais appris par coeur, pour m'en repaître, tellement il m'avait frappé à 10 ans.

mardi 6 juin 2006

Les dédés du d-day

Ayé, c'est le 6 juin !

Heureusement, on n'est plus observés par des types en noir avec des oreillettes postés à tous les coins de rue, comme il y a deux ans, mais, pour tout dire, cet anniversaire reste particulièrement invivable, dans le coin où j'habite. Parce qu'évidemment, on ne peut plus faire cinquante mètres sans croiser des beaufs hilares qui font les malins, debout en uniforme sur un tank ou une jeep, et ça, ça me met dans un état proche de la crise de nerfs.

Attention : j'ai le plus grand respect pour les vétérans, les vrais. Mais ici, on ne croise guère que de pitoyables pantins, de bons Normands, des "imbéciles heureux qui sont nés quelque part", pour citer le grand Georges. Ils se sont offert leurs oripeaux dans un surplus militaire, et ils s'imaginent que ça suffit pour faire les beaux sur les sites du d-day. D'une manière générale, je suis assez indifférent aux bals masqués. Mais cette parade-là, je la trouve vraiment exécrable.

Qui sont-ils, ces bouffons pathétiques, qui jouent au héros comme des gamins de 10 ans en embuscade derrière un blockhaus ? Qu'auraient-ils fait, le matin du 6 juin 1944, s'ils avaient eu 17 ou 18 ans, et si on les avait poussés hors de leur barge sur le sable humide ? Est-ce qu'ils n'auraient pas chié dans leur froc, comme tous ces pauvres types envoyés à la mort ? Est-ce qu'ils n'auraient pas pleuré en voyant leurs compagnons se faire décimer, à peine le pied posé ? Est-ce qu'ils n'auraient pas mariné dans leur trouille, en attendant la dernière balle ? Si, bien sûr que si. Mais ceux-là n'ont dans la tête que les images d'actualité qu'on a tous vues ; ils se prennent pour ces jeunes soldats alliés qui passaient dans les villes, en jetant des chocolats et des paquets de Lucky Strike à la population en liesse. Les mêmes qui faisaient voler les jupons des petites françaises, le soir, au son d'un accordéon grêle. Des gamins qui mâchaient un chewing-gum crânement devant la caméra du correspondant de guerre, en essayant d'oublier le lot d'horreurs en surnombre qu'ils venaient de croiser dans la journée. Des gamins qui avaient bien le droit de s'amuser un peu, puisqu'ils allaient sans doute mourir en tâchant de gagner Paris.

Alors de les croiser eux, ces quinquagénaires replets, de voir leurs sourires satisfaits, comme s'ils étaient les héros du jour, quand leur seul exploit n'a été que d'usurper un uniforme sur lequel ils n'ont aucun droit, ça me colle des boutons.

Hier, je pique-niquais sur la plage, quand ces nuisibles sont arrivés :

Sur ma carte mémoire, cette photo que j'ai aussitôt prise est allée se loger directement derrière celle que j'avais faite la veille :

Et j'ai pensé à ces visiteurs, venus au cimetière militaire allemand pour fleurir la tombe d'un proche, que j'avais croisés dimanche. Ils font un voyage en France pour affronter leur histoire, et ça n'est pas facile. Ils parcourent dignement les allées du "Jardin pour la paix", un symbole de fraternité entre les peuples. Ils lisent de beaux panneaux sur la nécessaire réconciliation. Et au retour, qu'est-ce qu'ils croisent ? Des guignols revanchards, déguisés en G.I.'s, qui éructent au volant de leur jeep : "hé ! Dédé ! Sors-moi une kro de la glacière !".

On est bien mal barrés, tant qu'il y aura de sinistres individus pour jouer à la guerre.

jeudi 1 juin 2006

Solécismes

Entendus ce matin sur France-Inter, à 5 minutes d'intervalle, Julien Dray qui veut avoir "conquéri" je ne sais plus quoi (le pouvoir ou la confiance des Français), et Elisabeth Guigou qui parle d'une loi qu'elle avait "faite voter".

Le PS manque cruellement d'idées pour sa campagne électorale de l'année prochaine. Je lui en soumets une, à méditer d'urgence : un Bescherelle pour tous ses porte-paroles.

Joies de la pige

Hier, j'ai interviewé un auteur "jeunesse" que j'aime bien, pour un journal destiné aux moins de 12 ans. Il m'a très gentiment offert un de ses bouquins.

Après, je rencontrais des agriculteurs, pour un autre journal où je travaille. Eux, ils m'ont spontanément mis une douzaine d'oeufs dans les mains, quand je suis reparti. Contrairement au premier, ils ne m'ont pas dédicacé la boîte, mais j'étais content quand même.

Alors ça m'a donné des idées, ces gens qui me donnent le fruit de leur travail[1]. Tout à coup, j'ai très envie d'interviewer un banquier.

Notes

[1] alors que je ne leur avais rien demandé, et qu'ils savent bien que ça ne changera rien au papier : dans les deux cas, vu les lignes éditoriales des deux canards en question, mon intention amicale était évidente dès le départ. Sinon, rassurez-vous, j'aurais refusé les cadeaux.