mardi 25 avril 2006

Les gars du marketing

Billet sauvé par Fab


Un métier : le marketing.

Une mission : repousser chaque jour les limites de la connerie.

Aujourd'hui, les gars du marketing vendent du saucisson.

D'abord, les gars du marketing sont trop forts dans leur tête. Et ils n'ont pas peur de passer pour des cons :

Aucun risque qu'ils laissent leur cousine se foutre de leur gueule parce qu'ils ont écrit "idéals", genre "Hé, Jean-Marc, ça bosse au service marketing ? Vous êtes toujours montés comme des chevals ? Ah, les mecs, vous êtes pas banaux !". Non. Les gars du marketing savent bien que, si l'usage a fait de "idéaux" le pluriel masculin de l'adjectif "idéal", le grand Littré se refuse à trancher, et laisse une porte ouverte à l'option discrètement érudite qu'ils ont choisie. Les gars du marketing, c'est des puits de science (pour la virgule après le sujet, c'est autre chose. Les gars du marketing, c'est pas le genre à se coltiner les règles de ponctuation. Mais tant que la ménagère comprend, hein...).

Bon, c'est sûr "ces mini saucissons secs vous étonneront par leur texture et leur saveur", ça manque un peu de peps. Encore un coup de Jean-Marc, qui voulait finir rapidos parce que c'était l'heure de l'apéro. Régis, lui, il était plutôt pour l'option "laissez-vous séduire par leur texture et leur saveur". Et Bernard préférait "emporter" plutôt que "séduire". Mais "laissez-vous emporter par leur texture et leur saveur", ils l'avaient déjà utilisé le mois dernier à propos d'un lot de bouses de vaches vendues sous vide. Les gars du marketing, c'est des professionnels, ils n'aiment pas se répéter. Du coup, Jean-Marc a coupé court aux discussions, et ils ont débouché une bouteille.

Ca se serait bien passé, si le stagiaire ne s'était pas tout à coup réveillé. "Dites, les gars, c'est pas un peu complètement con, cette phrase ? "vous étonneront par leur texture et leur saveur", ça ne dit absolument rien des caractéristiques du produit, c'est nul ! On pourrait écrire un truc un peu plus précis, non ?". Alors Jean-Marc a obligé le stagiaire à en bouffer un, de mini saucisson sec. "Ah oui", a reconnu le stagiaire. "Cette texture croquante à base de boyau collagénique qui libère une boule de graisse molle sur le palais, c'est vraiment étonnant. Et cette saveur de nitrate de potassium aussi. Au temps pour moi, les copains !".

Après, ça s'est un peu corsé, parce que Bernard s'est rappelé qu'ils avaient oublié l'essentiel : le mode d'emploi. Vite, Jean-Marc a attrapé le stylo, et il en a rédigé un en tirant la langue :

En fait, il manque la fin sur le paquet, c'est à cause du code barre qui prend toute la place. La suite que Jean-Marc avait prévue, c'était ça :

"Pour avaler un de ces étonnants mini saucissons secs, il ne vous restera plus qu'à saisir icelui entre deux ou trois doigts propres, puis porter la main à vos lèvres, ouvrir la bouche de manière à former un réceptacle, et introduire le produit derrière vos dents. Retirez prestement la main. Mastiquez ensuite pendant quelques secondes, si possible avec vos molaires (grosses dents du fond), et déglutissez. Les sucs digestifs libérés par votre estomac devraient vous permettre de digérer vos mini saucissons secs sans trop de peine. En cas de brûlures ou d'aigreurs, prenez un Rennie. La société "Les Gars du Marketing" décline toute responsabilité en cas d'ingestion du produit par des gens dépourvus de molaires (grosses dents du fond) ou de mauvaise utilisation de ce mode d'emploi".

Comme ça n'apparaît pas sur le packaging, les gars du marketing sont un tantinet inquiets. Sans mode d'emploi digne de ce nom, la ménagère ne risque-t-elle pas, dans un moment d'égarement, de prendre son mini saucisson sec en suppositoire ? Ils en ont parlé aux gars du service juridique, qui ont commencé à faire le tour des jurisprudences, au cas où. Y aura-t-il un procès ? Le suspense reste entier.

Offensé dans ma dignité

Ca y est, la chronique d'Alexandre Boussageon à propos de ce bloug est passée sur France-Inter. Je me demandais comment il allait traiter le truc, et surtout comment il allait faire pour contourner mon pseudo. Parce que "LeChieur" répété en boucle au cours du 6-9 d'une radio publique, ça risquait de faire désordre, en effet.

C'est devenu "le râleur". Un (très) vague synonyme qui ne me plait qu'à moitié, figurez-vous. "Le râleur", pour moi, c'est le gars qui pleure après tout et n'importe quoi. Le franchouillard de base qui récrimine après les fonctionnaires qui sont feignants, les grévistes qui nous prennent en otage, les technocrates de Bruxelles qui nous interdisent de flinguer les étourneaux comme on veut, et autres stupidités égrenées à ras de comptoir, l'haleine chargée de mauvaise vinasse. Si je suis réellement comme ça, il faut m'abattre. Evidemment, c'est facile de sortir des bouts de phrases de leur contexte. Par exemple, il a cité celle-ci : "Plus un type a de fans, moins j'ai envie de le fréquenter. Les gourous me pèsent, les maîtres à penser m'épuisent, les stars m'effraient". Vu comme ça, bien sûr, ça fait vraiment sale con. Sauf quand on sait que la seule personne que ce billet dénigrait en réalité, c'était moi-même, et qu'il s'agissait justement d'inviter les gens à aller en lire un, de "barons du bloug"[1].

Bon, pour ça je ne lui en veux pas, à Alexandre Boussageon. Il avait une contrainte sémantique, fallait bien qu'il se débrouille avec et qu'il suive l'angle d'attaque qu'il s'était fixé.

En revanche, ce garçon m'a offensé dans ma dignité. Alors qu'il avait à peu près 10.000 brèches pour pourfendre ma mauvaise foi rampante, il s'est est pris à un sujet où je suis inattaquable : la télé. Il a osé remettre en cause l'affirmation selon laquelle je la regarde au maximum deux heures par mois, sur l'air de deux heures par mois, c'est à peine quatre JT, faut pas exagérer, c'est bien la preuve que ce type nous ment effrontément.

C'est tout de même incroyable que, dès qu'il s'agit de la boite à trépanation, les gens soient aussi fermement convaincus qu'on ne peut pas vivre d'une autre façon qu'eux. Non, je ne regarde pas la télé plus de deux heures par mois. Et encore : c'est un grand maximum. Oui, il y a plein d'autres activités mille fois plus agréables que de se faire lessiver les neurones par les marchands de cerveau disponible : se rouler dans le stupre, lire des tas de livres, inviter des amis, aller au ciné, au théâtre ou au resto, écrire, écouter de la musique, se promener à la nuit tombante, raconter des histoires à ses enfants (qui ne regardent pas la télé non plus, mais quand je le dis, les gens me menacent d'appeler la DDASS), tenir un bloug, s'occuper de son courrier, jouer au pouic-ball avec son chien, etc. Autant de loisirs pour lesquels je n'ai jamais assez de temps, parce que ma vie est phagocytée par le travail. Vous ne croyez tout de même pas que je vais pourrir mes rares instants de loisirs en m'affalant devant des crétins satisfaits qui s'écoutent répandre leur médiocrité sous les caméras ? Si ?

Ce que vous avez fait, là, Monsieur Boussageon, ça porte un nom. Quand on "ignore involontairement, ou au contraire dévalorise sciemment, les conceptions et les valeurs des autres (...) tout en valorisant les siennes, au point d'ériger, inconsciemment le plus souvent, ses normes spécifiques ou son mode de pensée particulier comme une évidence universelle", on fait preuve d'ethnocentrisme. Et ça, c'est très vilain.

Notes

[1] A propos, si vous ne l'avez pas encore lu, il y a un autre baron qui s'est fendu d'un bien beau billet, ces temps-ci, sur un tout autre sujet.

vendredi 21 avril 2006

Tombent les masques

Amis blougueurs, amies blougueuses, il est temps que vous soyez prévenu(e)s.

Si Alexandre Boussageon vous propose une interview téléphonique pour sa chronique sur France-Inter, il est IMPERATIF de vérifier au préalable que :

  1. Tous vos neurones sont bien en place
  2. Vous avez dormi PLUS de deux heures la nuit précédente.

Sinon, vous risquez de bredouiller confusément des bouts de phrases hors-sujet, d'avoir l'air très con, et d'être la risée de la France entière (enfin... de la France matinale entière, faut pas exagérer). Inutile de préparer des antisèches, ça ne sert à rien. Moi, par exemple, j'avais révisé les questions suivantes : "Monsieur LeChieur, pouvez-vous nous faire un petit topo sur la sémantique du gros mot dans le billet d'humeur ?", et "Monsieur LeChieur, pourquoi avez-vous décidé de corrompre vos lecteurs en tenant un bloug aussi consternant qu'insipide ?". Raté. Il m'a demandé si les gens m'insultaient dans les commentaires, et ce que j'avais eu comme fâcheries avec d'autres blougueurs. J'avais fait l'impasse sur ces questions là, alors forcément j'ai été pris de court, avec mon petit cerveau tout cramé par les nuits blanches et les excitants en vente libre.

Résultat, la France entière (pouf pouf) la France matinale entière va pouvoir rire de mes réponses embarrassées et de mes silences pesants. Le masque tombe : LeChieur n'est plus que l'ombre pâle de ce beau jeune homme sautillant que vous avez connu jadis (si si). Aujourd'hui, il fait des bulles avec sa bave, en disant "gnnéééééé" à la radio. D'ailleurs, on va bientôt l'exhiber dans les fêtes foraines pour édifier les petits enfants : tu vois, mon petit Kévin, si tu ne dors pas la nuit et si tu bois 2 litres de café par jour, tu finiras comme le monsieur. Enfin comme la chose, là. Ne t'approche pas trop, on ne sait jamais. Quand c'est dans cet état-là, ça peut te sauter à la gorge à n'importe quel moment.

Je ne vous dis pas quand ça passe, j'ai honte. Si, d'ici là, quelqu'un peut me trouver un faux passeport au nom de Laurent Gloaguen, ainsi qu'un billet d'avion pour Oulan-Bator, je prends.

Imbégeek

Plus compulsif que moi, dans l'exercice de mon boulot, tu meurs : je ne pars jamais en mission sans avoir vérifié les batteries de mes deux Palm (un Zire tout pourri avec mes numéros de téléphone[1], et un Tungsten avec des fichier musicaux pour la route), mis des piles neuves dans mon dictaphone numérique, rechargé le lecteur MP3 (que je n'utilise pas pour écouter de la musique, vu que j'ai le Palm, mais pour enregistrer les gens que j'interroge : le dictaphone, c'est juste une "sécurité"), et inspecté la DX-Card et la CompactFlash de mes appareils photos numériques. Puis, une fois rentré, je tape mes papiers sur un Mac (parce que, aimé-je à m'exclamer en public, "le clavier est tellement plus agréaaaaaaable"), mais je les rapatrie sur le PC pour les envoyer aux gens qui me paient.

Des fois (j'ai honte), j'utilise même mon vieux Zénith Data System, un 486-DX[2] robuste et fiable qui tourne sous Windows 3.1[3].

Alors évidemment, quand la connexion internet est coupée dans mon quartier à cause de "travaux sur la ligne", QUI a l'air bien con avec ses fichiers à transmettre en urgence ?

Notes

[1] Je n'arrive pas à m'en débarrasser, c'est affectif.

[2] Merde, ça y est, j'ai perdu tout mon lectorat de moins de 30 ans, d'un coup d'un seul...

[3] Revenez, les jeunes, je vous raconterai mon MS-DOS 3.32 !

jeudi 20 avril 2006

Traumatisme

Le maire d'une petite commune pas loin de chez mes parents, dans cette rieuse vallée normande où les bonnes vieilles traditions n'ont pas totalement disparu : "la canicule de 2003 ? Ah ça, on n'a pas été bien ! Pensez : pendant une semaine, on a tellement crevé de chaud que j'ai même été obligé de boire de l'eau !".

Authentique, évidemment.

mercredi 12 avril 2006

Heureusement, on n'est pas en Syldavie

Billet sauvé par notafish


Ils sont cons, ces Syldaves !

Pensez : il y a environ deux siècles, ces abrutis ont pris l'habitude de consommer du broumpf. Comme c'était un marché vachement juteux, le roi décréta un jour que seul l'état serait autorisé à en vendre. Du coup, grâce à cette situation de monopole, plein de bel argent se mit à rentrer dans les caisses... Mais ça ne faisait pas encore assez. Alors le roi annonça : "il y aura une taxe sur la vente du broumpf !". Les gens firent un peu la gueule, mais ils continuèrent néanmoins à acheter leur dose quotidienne. Résultat, l'état récupérait les sous du broumpf ET la taxe sur le broumpf. Il ne manquait plus que le cul de la crémière pour que son bonheur fût complet.

Etait-ce suffisant pour mettre le roi en joie ? Que nenni ! C'est gourmand, le budget d'une nation dont la dette est si élevée que les intérêts correspondent à 20 % de son PIB. Il fallait toujours plus. Alors on décida de faire de la publicité pour le broumpf, dans les journaux, à la radio, dans les manifestations sportives. Et, comme les Syldaves sont des gros balèzes en marketing, ils eurent l'idée de diversifier la gamme, aussi. C'est ainsi qu'on vit le broumpf pour les hommes, celui pour les femmes, celui pour les jeunes, celui pour le dimanche, tout ça.

Et puis, un jour, le grand chambellan eut une idée de génie : "puisque les gens ne peuvent plus se passer du broumpf une fois qu'ils y ont goûté, je propose qu'on en offre à tous les jeunes qui font leur service militaire obligatoire. Trois paquets chacun par semaine, à nos frais. Ainsi habitués, ils en achèteront toute leur vie, ces cons. Et nous, on va se goinfrer. Les amis, on va faire un retour sur amortissement comme personne n'en a jamais rêvé. Des couilles en or !".

Un conseiller s'éleva, rouge de colère : "c'est une proposition scandaleuse ! Le broumpf rend les gens malades, on le sait depuis longtemps. Est-ce rendre service à la nation, que de pervertir ainsi sa jeunesse ? Je m'oppose !". Le roi fit décapiter cet empêcheur de tourner en rond, et le grand chambellan fut décoré.

Et le temps passa. Plus les gens mouraient du broumpf, plus on faisait de la publicité : il fallait bien remplacer la clientèle. Les femmes, surtout, étaient les plus difficiles à convaincre : n'ayant pas de service militaire à accomplir, elles n'avaient pas eu leurs trois paquets gratuits par semaine pendant un an. Alors on leur dédia le broumpf à la menthe, le broumpf parfumé, le broumpf spécialement dessiné pour les doigts manucurés... C'était le bonheur : des morts par centaines de milliers, et des sous par millions. Parfois, le roi s'inquiétait : "c'est pas un peu beaucoup, tous ces morts ?". Alors le Chambellan répondait : "mais non, Sire, on renouvelle la population. Trop de vieux, ce serait un déséquilibre démographique inquiétant". "Tout de même", reprenait le roi. "Tous ces gens qui tombent malades, ça coûte des sous à la collectivité, non ?". "Au contraire", répondait le Chambellan. "Un broumpfeur qui meurt à 55 ans, c'est une retraite qu'on n'aura pas à payer pendant 25 ans ! On gagne sur les deux tableaux, Sire".

...............

Hélas, depuis quelques temps, tout va mal en Syldavie. Le lobby anti-broumpf a réussi à attirer l'attention de la population sur les méfaits du broumpf, et la colère gronde. Alors le roi s'inquiète : "qu'est-ce qu'on fait, Chambellan ? Tout le monde se rend compte que le broumpf est un poison terrible. On l'interdit ?
- Surtout pas, Sire ! Pensez à tous les sous qu'on perdrait !
- Oui, mais quand même, c'est le bordel. Si les gens se rendent compte qu'on les empoisonne depuis 50 ans pour le fric, on est dans la merde...
- Alors faisons une grande campagne de sensibilisation !
- Oui, excellente idée. On va faire en sorte que les jeunes ne s'y mettent plus...
- Vous êtes fou, Sire ? On a besoin des sous des jeunes ! Non non, c'est une très mauvaise idée. Faisons plutôt "comme si" on voulait dissuader les jeunes de broumpfer, histoire de redorer notre blason, mais n'y allons pas trop fort : c'est un marché en hausse, il y a de l'argent à prendre... On va lancer une campagne de sensibilisation, mais timide. Timorée, même... Hi hi hi...
- Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
- On stigmatise. On réprime. On sanctionne. On dit que les broumpfeurs sont des gros vilains, et qu'ils doivent arrêter.
- Bin oui, mais c'est notre faute, quand même, s'ils en sont là.
- On s'en fout. Ils ont oublié. Ca fait tellement longtemps que nos pubs leur font croire qu'ils sont plus beaux en broumpfant, qu'ils ont fini par le croire.
- On leur distribue des médicaments pour qu'ils arrêtent, alors ?
- Sûrement pas ! J'ai une bien meilleure idée : on met en place une politique de dissuasion !
- C'est à dire ?
- On veut qu'ils broumpfent, n'est-ce pas ?
- Bin oui, on a besoin des sous.
- Mais officiellement, les gens doivent croire qu'on ne veut pas qu'ils broumpfent, c'est bien ça ?
- Bien sûr.
- Alors on augmente le prix du broumpf, et on dit que c'est pour leur bien !
- ...et on ramasse encore plus d'artiche au passage. Chambellan, vous êtes un génie !".

Et le roi rit, rit, rit...

Toute cette histoire serait terrible si elle était vraie. Bien sûr, elle ne l'est pas, puisque la Syldavie n'existe pas. Chez nous, on n'a pas de broumpf, on a du tabac. Mais, heureusement pour nous, on a aussi des gouvernements successifs qui ne souhaitent QUE le bonheur et la santé de leurs concitoyens. C'est cool.

Edit : la suite de l'histoire est chez notablog. Edifiant.

dimanche 9 avril 2006

Putain, je vais les tuer

Ils sont vieux.

Ils sont moches.

Ils sont cons.

Ils sentent la pisse et les maisons moisies.

Ils n'aiment personne, sauf les dégénérés en survêtement qui leurs servent de petits-enfants.

Youpiiiiiii ! Mes voisins sont de retour ! Comme les hirondelles, les vieux banlieusards qui réintègrent leur résidence secondaire annoncent l'arrivée du printemps ET des nuisances séniles.

22h42 : ça y est, c'est l'heure de l'éclate. Ils vont commencer par traîner lourdement leurs meubles dans tous les sens pendant deux heures, comme chaque soir[1]. Ca fait deux ans que j'ai renoncé à comprendre la mystérieuse stimulation sexuelle qu'ils retiraient de cette stupéfiante activité.

Ensuite ils vont regarder la télé très fort, très tard, pendant que j'ai trois articles en retard à écrire pour hier, dernier délai. Mmmm... On est dimanche ? Donc je vais entendre Fogiel brailler quelque temps encore, puis la présentatrice de Soir 3 hurler des résultats sportifs dont je me fous, et enfin les séries pourries de je ne sais quelle chaîne de merde.

Et évidemment, demain matin, ils vont me faire chier sur le pas de la porte, parce que j'ai oublié de ranger mon chien ou parce que la poubelle aboie trop tôt. Le plus rigolo, c'est évidemment le 1er ou le 16 du mois. Ces matins-là, Papy s'installe devant sa voiture dès 8 heures, les poings sur les hanches, l'air mauvais. Et, quand je sors, il me saute dessus : "dites-donc, faudrait changer votre voiture de côté, là. Vous comprenez, j'ai pas envie qu'on se fasse aligner, moi !". Comme si on pouvait "se faire aligner", au tréfonds de Trouducul-sur-Mer, où les deux gardes-champêtres ont déjà fort à faire avec cette satanée zone bleue... C'est fou, hein : vivre dans le "9.3" toute l'année, y en a que ça rend nerveux.

Alors ce soir, dire que j'ai des pulsions meurtrières serait nier la réalité. Retenez-moi, ou je fais de la patée de couches Confiance au jus de sonotone.

Notes

[1] Il faut savoir que j'habite une ancienne grande maison qui a été séparée en deux petites. Quand les vieux d'à côté pètent, je sursaute.

mardi 4 avril 2006

Trouducul-sur-Mer, l'après-midi

Billet sauvé par [SiMON]


Toc, toc, on frappe chez moi. Doucement, mais avec insistance. Puis on entend la porte qui s'ouvre, et ce con de chien qui continue à ronfler. "Y a quelqu'un ? Je suis venue vous apporter des fleurs !".

Merde, qu'est-ce que c'est que ce bintz ?

Je descends en enfilant un t-shirt. C'est une toute petite vieille, très tordue et très frêle, avec un énorme bouquet de jonquilles. Elle se tient au milieu du salon, embarrassée par ces trucs jaunes qui débordent de ses mains. "C'est quoi, votre nom, déjà ?
- LeChieur.
- Ah bon. Je me suis trompée de maison. Tenez, prenez quand même ça. Les autres n'avaient qu'à être là".

Je remercie vivement, trouve un vase, glisse les fleurs dans l'eau. Mais quand même, un truc me tarabuste : "excusez-moi, mais je ne comprends pas que le chien n'ait pas aboyé.
- Ah bon, ça vous étonne ? Mais c'est qu'on est de vieux amis, lui et moi !". Et la quasi-centenaire envoie un clin d'oeil à l'autre abruti. L'intéressé dresse l'oreille sans conviction, puis retourne à ses ronflements. Quel parasite, ce clebs. L'autre est déjà repartie en trottinant vers sa maison, sur le trottoir d'en face.

Contrairement à ce que prétendent quelques observateurs mal renseignés, je précise qu'il est tout à fait possible de faire exulter les corps à Trouducul-sur-Mer. A condition, évidemment, de ne JAMAIS oublier de fermer sa porte à clé.

lundi 3 avril 2006

Ô temps suspends ton vol, que j'aie le temps de viser

Avant d'emménager à Trouducul-sur-Mer, il y a un an et demi, je n'étais venu me perdre que deux fois dans cette rieuse cité.

La deuxième, ça ne compte pas, c'était pour un concert, à l'époque où je bossais dans la musique. J'y avais donc vu un hôtel et un restaurant, et pis c'est tout, exactement comme dans toutes les villes où je suis allé travailler ces années-là.

Mais la touuuute première fois, j'étais un beau garçon à peine sorti de l'adolescence. De longs cheveux blonds descendaient en cascade sur mes frêles épaules d'éphèbe, j'étais capable de réciter du Boris Vian au kilo (alala, "je voudrais pas crever"... - soupir -), et je passais des soirées pétillantes d'intelligence et d'érudition, en compagnie de plein d'autres jeunes romantiques bon teint dans mon genre (en clair : on squattait dans des grottes, on allumait un feu gigantesque avec du bois piqué aux alentours, on grillait des côtes de porc qui avaient nourri leur lot de salmonelles pendant des journées entières, en plein soleil dans la bagnole d'un copain ; et surtout on fumait des brouettes de shit en ricanant comme des hyènes pas encore cicatrisées de leur récente trépanation. Jusqu'à l'abrutissement total, boum. Un soir, j'ai quand même sauvé la vie de mes abrutis de copains, si si. Ces crétins bavaient sous eux en roulant leur yeux blancs, alors qu'on risquait l'asphyxie d'une seconde à l'autre, dans notre grotte plus enfumée que le terrier d'un renard. Si je n'avais pas levé une paupière inquiète juste à temps, nos familles seraient encore éplorées, à l'heure qu'il est. Appelez-moi "Super").

Adoncques, ce soir-là, nous avions devisé gaiement en ponctuant chacune de nos phrases de grasseyants "yerk yerk yerk", quand quelqu'un alluma un chillum farci d'un mélange redoutable, herbe et nitroglycérine je dirais. J'aspirai goûlument, trouvai la recette à mon goût, et recommençai jusqu'à plus soif. Plus exactement, jusqu'à tomber dans la boue, splash. Un peu plus tard, les amis me firent rouler jusqu'à la voiture de S., qui proposa gentiment de m'emmener dormir chez sa mère. A Trouducul, donc. Ce qu'il fit. Le problème, c'est qu'une fois arrivé au pied de l'immeuble maternel, il ne réussit pas à m'extraire de mon siège, vu que j'étais looourd comme un cheval mort et que je ne savais pas, je ne savais plus, si j'existais encooooore... Je passai donc une excellente nuit, entièrement recouvert de boue, assis à l'avant d'une 205 Junior ("avec ses sièges en jean et ses bandes latéraaaaaaales", comme disait la pub, mais d'occase et puant la merguez périmée).

Le lendemain matin, quand j'émergeai dans l'appartement de la maman de S., celle-ci ne s'étonna pas de voir un golem aux yeux de lapin myxomatosé débarquer dans sa cuisine : "bin alors ? Pourquoi t'as dormi dans la voiture ? T'as pas osé venir ? Allez, va vite prendre une douche et couche-toi dans la chambre d'amis, tu m'as pas l'air bien vif !

Et donc, ce soir, alors que je traversai nuitamment Trouducul-sur-Mer, capitale mondiale du Prozac trempé dans la bière, j'eus un choc : l'immeuble maudit était là, devant moi. Je le croise tous les jours pour rentrer chez moi, mais il avait fallu que je le revoie de nuit pour le reconnaître. Je retrouvai même l'endroit exact où S. avait garé sa bagnole. Et, tout à coup, je mesurai le chemin parcouru depuis toutes ces années. Pensez : j'ai grossi, arrêté de fumer du shit il y a 15 ans, occupé cinq ou six emplois différents, passé mon permis de conduire, voté, éprouvé la viviparité de l'espèce humaine en contribuant à projeter deux nouveaux êtres vivants dans cette vallée de larmes, et je suis arrivé à ce stade pathétique d'une vie d'homme, où l'on s'inquiète sincèrement pour les adolescents de son entourage, et où l'on espère que sa progéniture adorée sera plus sérieuse au même âge, quand même, merde, les jeunes c'est rien que des ingrats et des irresponsables qui se rendent pas compte de tout le mouron qu'on se fait pour eux.

Alors, évidemment, c'était la soirée idéale pour lire ça.