Les hommes bleus
Par M. LeChieur, mardi 2 novembre 2004 à 00:00 :: J'aime pas les gens :: #182 :: rss

Hier soir, j'ai regardé la télé.
Si.
Pendant quatre heure et demie d'affilée, en plus.
Tout ça parce que, dans le fol espoir de revoir en entier le générique de Folon, je me suis farci l'émission spéciale sur les 40 ans de la deuxième chaîne couleur.
Si vous n'avez pas regardé vous-même, sachez que ça ressemblait à une cérémonie albanaise, genre "remise des piolets d'or aux mineurs de charbon les plus méritants". Le tout présenté par Drucker et Delarue, parfaits sous Prozac. Bref, c'était encore plus chiant que les Césars, mais sans les larmes.
Et si vous n'avez pas été jeunes dans les années septante, vous ne pouvez pas savoir que le générique de Folon terminait toutes les soirées d'Antenne 2, quand les programmes étaient finis. On y voyait des hommes bleus s'envoler sur fond de soleil couchant, avec une musique triste à faire pleurer les pierres.
Bon, évidemment, mon voeu n'aura pas été exaucé : les abrutis qui dirigent France 2 n'ont pas eu l'idée de nous remettre ce générique le plus beau du monde. Quand on vient de délayer la soupe dans 4 heures 30 de médiocrité absolue et d'autosatisfaction convenue, on ne va quand même pas rediffuser un vieux moment de poésie quotidienne. Ca pourrait réveiller les neurones flapis des téléspectateurs.
Merci Google, j'ai quand même trouvé des trucs sur le ouaibe. La musique ici, et quelques extraits d'image, là. Le tout provient du site de Raphael Lester, faut rendre à César...
Je sais pas vous, mais revoir les dessins de Folon, et surtout ré-entendre l'oeuvre de Michel Colombier, ça m'a secoué les tripes. Les Hommes Bleus, c'était la fin ultime de la soirée, l'heure tragique où on ne peut plus rien faire pour échapper au lit. On savait bien qu'il n'y aurait plus rien après, que la neige ou la mire. Mais on les regardait s'envoler jusqu'au bout, ces satanés Hommes Bleus, jusqu'à ce que la télé s'éteigne, et qu'on soit obligés d'aller se coucher. On s'endormait avec leur musique mélancolique dans la tête, en faisant des rêves beaux et tristes de bonshommes qui s'envolent, de soleils qui se couchent et de musique à déchirer l'âme des petits enfants.
La petite madeleine a fait son boulot correctement. Les hommes bleus et leur musique triste ont tout fait revenir en bloc : les gadgets de Pif, Wattoo-Wattoo, "voyelle... consonne... consonne... voyelle...", Le Club des Cinq et son générique auquel on comprenait rien[1], ma grand-mère qui me cousait une couverture en patchwork[2], le goût des tartines grillées dans le chocolat chaud, Cornofulgur, mon vélo rouge et mes tennis qui courent vite, la caméra cachée de Monsieur Cinéma, "voici venir les Barbapapas", mon grand con de chien trouvé, le petit bureau en formica blanc dans la chambre de mon frère, les fiches d'Albert Ducrocq, les cahiers de brouillon et les stylos Stypen, le petit café-tafia de mon grand-père, les bouquins de Philippe Ebly, les discussions avec les copains pour savoir si on devait dire "réclame" ou "publicité", le cacao Van Houten, les filles qui jouaient à l'élastique, les pulls tricotés, les nuits d'hiver, la sensation d'être au chaud dans la cuisine pendant que ma mère épluche des légumes pour la soupe...
"On est de son enfance comme on est d'un pays", disait l'aviateur qui apprivoisait des renards et des petits princes.
Y a des jours, j'aimerais bien refaire un saut. Juste pour le week-end.
Notes
[1] A propos, j'aimerais bien savoir ce qu'est devenue Jenny Tharisch, la gamine qui jouait Annie. Je vous dis pas comment j'étais amoureux.
[2] dite "couverture de mariage" parce qu'un jour, elle a décidé de l'agrandir "pour le jour où tu seras marié". Je suis pas marié, mais j'ai toujours la couverture.




Commentaires
1. Le mercredi 3 novembre 2004 à 08:41, par Syl
2. Le samedi 6 novembre 2004 à 22:19, par Moi
3. Le dimanche 14 novembre 2004 à 02:17, par Zako007
4. Le lundi 10 janvier 2005 à 22:40, par the gedeon
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