mercredi 28 juillet 2004

Such a perfect day

Billet sauvé par Lolotte


Aujourd'hui, j'ai bu un petit café tranquille, puis j'ai fait un peu de jardinage, et j'ai récupéré les petits chez la nourrice. Leur mère était partie se promener avec la sienne (de mère), alors on a mangé tous les trois, on a joué un peu et on a fait la sieste. Après, on est allés se promener, on a acheté des fruits pour le goûter, on a testé le toboggan au square. Puis on est rentrés, on a joué dehors pendant une heure avec le chien Pépère, j'ai cuit des pâtes, leur mère est rentrée avec la sienne (de mère), j'ai lu De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête[1], et ils se sont couchés. Là, je me suis fait couler un bain, je vais me siroter un Perrier glacé en barbotant avec mon bouquin, et dodo. Demain matin, je vais faire une interview qui ne m'apportera sûrement pas le prix Albert-Londre, mais le sentiment d'avoir bien fait mon boulot et, quand même, un gentil scoop. Banal, hein ?

Oui, mais y avait le rayon de soleil, pile où il faut. L'odeur de l'herbe coupée. Les câlins à l'ombre du cerisier. Les petites voix qui disaient "mon papa" toutes les cinq minutes. Les petits yeux qui se fermaient : "serre fort, mon papa".

Alors je me suis surpris à fredonner une chanson douce. Et ma fille s'est arrêtée net sur le toboggan, en disant à son frère : "chut ! écoute la musique à papa". Ca faisait comme ça :

  • Just a perfect day,
    Drink Sangria in the park,
    And then later, when it gets dark,
    We go home.
    Just a perfect day,
    Feed animals in the zoo
    Then later, a movie, too,
    And then home.

    Oh it's such a perfect day,
    I'm glad I spent it with you.
    Oh such a perfect day,
    You just keep me hanging on,
    You just keep me hanging on.

    Just a perfect day,
    Problems all left alone,
    Weekenders on our own.
    It's such fun.
    Just a perfect day,
    You made me forget myself.
    I thought I was someone else,
    Someone good.

    Oh it's such a perfect day,
    I'm glad I spent it with you.
    Oh such a perfect day,
    You just keep me hanging on,
    You just keep me hanging on.

    You're going to reap just what you sow,
    You're going to reap just what you sow,
    You're going to reap just what you sow,
    You're going to reap just what you sow...

(Lou Reed)

C'était exactement ça. Il est fortiche, Lou Reed. En 1972, ce mec avait prévu que cette journée-là arriverait un jour à quelqu'un. Chance, c'est tombé sur moi.

Notes

[1] un livre que je vous recommande si vous avez des moins de cinq ans à la maison

mercredi 21 juillet 2004

Signé

Ayé ! J'ai signé pour la nouvelle maison du bout du port du bout du monde.

Et chez mes nouveaux propriétaires, y avait une petite chatte avec ses cinq chatons de quinze jours qui dormaient au fond de leur carton... J'ai choisi le petit noir avec le bout des pattes blanches, parce qu'il m'a fait penser au chat de Gaston... Livraison de la maison dans un mois, et du chaton dans deux. Si je trouve du boulot dans trois, ça aura été une sacrée bonne année, finalement.

dimanche 18 juillet 2004

Le cadeau pour les maîtres

zimageA l'école, vers la fin de l'année scolaire, une tradition tenace semait chaque année le mystère et la conspiration : le cadeau pour les maîtres. Un samedi de juin, les grands enfourchaient leur vélo, et s'en allaient faire la collecte dans les fermes. Pour l'occasion, tout le village se mélangeait pacifiquement : ceux d'en haut avec ceux d'en bas, ceux de la Main Rouge avec les autres, et les vieilles rancunes s'oubliaient le temps d'une louable quête : rapporter l'argent nécessaire pour le cadeau de fin d'année des deux instituteurs de l'école.

Partout, on leur ouvrait grandes les portes, même quand il n'y avait plus d'enfant à scolariser. On sortait une bouteille de cidre pour l'occasion. Du doux, quand même, pour les bézots. Parfois, on posait une assiette de biscuits sur la grosse table en chêne. Ceux qu'on achetait en vrac, au kilo, dans des sacs transparents liserés de rouge. Ceux que le supermarché proposait pour les chiens, mais qui avaient le goût magique du rituel et de l'interdit.

La folle équipée du cadeau pour les maîtres, c'était une journée qu'on attendait depuis septembre. Une expédition qui avait déjà le goût des foins et des grandes vacances. Le dernier jour de classe, les grands qui partaient en sixième, leur dictionnaire neuf sous le bras, refilaient les bonnes adresses à leurs successeurs : n'oubliez pas d'aller chez le père Machin. Ca fait un détour, mais le cidre est bon, et c'est pas le genre à lésiner sur la rincette.

Le samedi soir, les preux chevaliers sur leurs fiers destriers aux guidons retournés rentraient chez eux avec le produit de leur collecte. Le plus souvent en titubant : quinze à vingt coups de cidre, même du doux, ça use les plus rétus. Et immanquablement avec une chiasse mémorable. Mais cette fois-là, les parents ne disaient rien, c'était une chiasse pour la bonne cause, une diarrhée rituelle qui annonçait le collège et les cours d'anglais. Alors ils couchaient leurs grands avec un sourire bienveillant, et comptaient les pièces de monnaie chèrement gagnées en se demandant ce qu'on allait bien pouvoir acheter avec ça.

Immanquablement, j'étais banni de ces virées. J'étais le fils du maître, le félon qui aurait pu éventer le secret ; alors on m'évitait, on se chuchotait le rendez-vous quand j'étais loin, en se donnant des airs d'agents du effbihaille. Je regardais partir mes copains, avec un sale pincement au cœur. Je rentrais à la maison en pensant aux coups de cidre et aux biscuits blancs, et déjà ma mère prenait les choses en main. Celle de Franck n'allait pas tarder à l'appeler, en cachette de mon père, pour lui demander des conseils pour le cadeau. Mon père choisissait alors le beau livre qui l'intéressait, on le réservait à la librairie, et on notait soigneusement les références. Le soir de la remise des prix, le maître feindrait l'étonnement ravi en déchirant son papier doré.

Mes copains n'ont jamais su combien cette chiasse-là a pu me manquer.

mardi 13 juillet 2004

A l'est d'Eden

En cet été 1997, on était jeunes, Bob Woodward[1] et moi. On roulait vers un concert les cheveux dans le vent et on devisait gaiement avec cet air niais qui nous a longtemps caractérisés. Bob pilotait sa Renault 5 rouge en riant, on frôlait la mort à 95 km/h, on était les James Dean fin de siècle d'une génération d'aliénés volontaires.

Je me rappelle de cette conversation comme si c'était hier : il y a des moments où l'inconscient est tellement consterné par la connerie ambiante qu'il enregistre tout, à la virgule près, histoire de vous balancer le morceau dans les dents quand l'occasion se présentera. Et, au rayon connerie, on avait un stock inépuisable : pour résumer, on était vachement content de considérer qu'on faisait le plus beau métier du monde, et que ça nous faisait de bien beaux nombrils, de jolies chevilles, et d'admirables tours de tête. Là-dessus, on ajoutait que, quand on a la chance de faire ce beau métier-là, c'est un devoir de tout lui sacrifier.

Aujourd'hui, je quitte le plus beau métier du monde avec une joie discrète qui n'a d'égale que l'air mi-désolé, mi-compatissant des gens à qui j'apprends la nouvelle. Pire, je suis en train de me demander si je ne vais pas la prendre, cette petite maison sympa du port du bout du trou du cul du monde, où on va à l'école maternelle à pied, et où les instits ont un air plus que normal qui fait plaisir à voir.

Parce qu'entretemps, j'ai eu des enfants. Deux gnomes rigolards qui me sautent dessus en m'appelant "mon papa". Deux petits machins au nez qui coule, que j'en ai marre d'abandonner chez la nourrice pour aller mourir d'ennui dans un bureau sale, alors qu'on pourrait faire les andouilles au soleil, se tacher les vêtements avec des fraises bien rouges, et passer voir si le toboggan du square glisse toujours aussi vite.

"Ah bin vous, alors !...", me disait une dame de mon entourage professionnel à qui j'apprenais la nouvelle de mon départ imminent. "On dirait que vos enfants, ça compte drôlement". Eeeeeet oui, ma bonne dame. J'ai envie que ces deux-là se souviennent de leur enfance comme d'une jolie étape de leur vie. Parce que je ne vois pas d'autre solution pour les préparer à se blinder contre ce monde.

Notes

[1] pour les nouveaux venus, je précise que ce Bob Woodward-là n'a écrit aucun livre, n'a mené aucune investigation sur le Watergate, mais possède un pelage qui ferait frémir d'envie le yéti

mardi 6 juillet 2004

Epilogue

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Comme je le disais il y a quinze jours, Dame Nature est vraiment une fieffée salope.

Après avoir survécu au chat, au chien et aux chutes, notre amie la pie est morte cette nuit, sur le bureau où je tape ces lignes.

En quinze jours, ce volatile avait réussi à apprivoiser toute la maisonnée : elle sautait sur les genoux des enfants, réclamait sa bouffe en piaillant, et se baladait sur mon ordinateur pour frimer.

Et puis, hier soir, une alerte : son gosier était devenu tout blanc. Je l'ai pas emmenée chez le vétérinaire : trop crevé, trop tard, un peu la honte, aussi, de débarquer avec un animal sauvage (les vétos qui se respectent ne font pas payer la consultation pour ce type de bestioles). On verra demain.

Ce matin, c'était tout vu. Il a fallu que je raconte aux enfants que la pie s'était envolée, et qu'elle avait retrouvé ses parents.

Bon bin voilà. On va pas en faire tout un plat pour un oiseau, on va pas tomber dans un sentimentalisme à deux balles pendant que des enfants meurent à tous les coins de rue du monde, mais j'ai quand même les boules.
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La vie est une tartine de merde.