mardi 29 juin 2004

Cui cui cui

zimage
Adoncques il arriva que j'ai adopté une pie. Et que ce volatile, nourri à la patée pour chats sur les conseils d'un vétérinaire de mon entourage, a rapidement repris du poil de la bête : ça se cachait dans l'herbe, misérable et claudiquant, quand je l'ai récupéré. Voilà que ça se dresse sur ses pattes pour râler quand la bouffe n'arrive pas assez vite à son goût... Essayez de m'imaginer, moi Nonal le Chacal, fondateur de l'ordre du Gastéropode Lumineux, donnant la becquée à une bestiole qui s'endort sur mon ventre une fois repue...

J'ai consulté quelques témoignages de sauveurs de pies sur le ouaibe, je fais même partie d'une liste de discussion consacrée à ce sujet (!), eh bien en vérité, je vous le dis, je suis pas sorti de l'auberge. Non seulement la pie bavarde s'apprivoise aussi facilement que je me mouche, mais il semble qu'en plus elle aime ça, la bougresse. En tout cas, la mienne ne manifeste aucune vélléïté d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs, ou si les lombrics ont le même goût que la terrine de cabillaud de chez Ron-Ron. Quant au chien le plus bête de l'Ouest, il a fini par comprendre qu'on ne bouffe pas l'amuse-gueule qui se trémousse sous son nez. Mais ça lui fait mal au coeur : ce soir, il s'est retenu parce que la soumission au Maître, c'est une religion pour laquelle il manifeste généralement des penchants extrémistes. Mais il en tremblait de colère.

Demain, j'adopte un varan de Komodo. Et après, je construis un bateau en attendant le déluge.

vendredi 25 juin 2004

Coup de théâtre

Incroyable : Bébé-Pie a survécu au chat. Ce sont les parents qui m'ont alerté ce matin en jacassant comme des malades : mon chien était en train de le bouffer, cet imbécile. Ce piaf s'est donc relevé de trois chutes, deux agressions canines et une tentative de rapt félin. En accord avec les parents, qui ne désarment pas, j'ai donc décidé d'appliquer le plan ORSEC.

jeudi 24 juin 2004

Dernière minute

Après une nuit passée dans le sous-sol, à bouffer du pain de mie Harry's, bébé Pie est retourné dans son nid. Les parents ont rappliqué immédiatement, les voilà qui se mettent à casser des branches à toute pompe. Ca sent le plan d'évacuation d'urgence

Dernière minute : Bébé Pie s'est fait bouffer par le chat des voisins. La vie est vraiment une tartine de merde.

mercredi 23 juin 2004

Sale temps pour les piafs

zimageExcusez-moi de dire ça, mais Dame-Nature est vraiment une belle salope. A quoi ça sert de se faire chier tout le printemps avec les parades amoureuses, la nidification, la couvée et l'éducation des petits, si c'est pour qu'une stupide bourrasque vienne tout foutre par terre ?

Catastrophe thermonucléaire chez les pies. Leur oisillon, sûrement le dernier de la nichée vu la taille, a été emporté par le vent. Il a été sonné, le chien a voulu le bouffer, mais ça va, il se remet tranquillement dans mon sous-sol. Le problème c'est qu'une heure plus tard, une deuxième rafale a fait tomber la Villa des parents. Depuis, c'est la panique : ça s'agite, ça craquette à tout va, ça s'inquiète sûrement, mais je ne vois pas d'issue au problème. Sans nid, je peux pas leur rendre le petit : il va se faire bouffer par les chats du quartier dans l'heure qui suit.

Vous avez déjà vu un nid de pie ? C'est incroyable, le boulot que ça représente. Une base en grosses branches, puis des fondations en terre séchée, une charpente circulaire en brindilles de plus en plus fines, et à l'intérieur, un tendre coussin d'herbes fines. Des heures et des heures de boulot, une science innée de l'architecture, une intelligence pratique jamais démentie... Les promoteurs immobiliers feraient bien d'en prendre de la graine. J'aurais du mal à reproduire un ouvrage aussi fin avec mes mains, alors avec un bec... Quand on pense que ces oiseaux n'ont même pas d'assurance multirisque-habitation, ça file le vertige.

En attendant, me voilà tuteur légal d'une magnifique petite pie. Pour fêter l'adoption, elle m'a chié dessus deux fois, je sens que notre histoire est partie pour durer.

Du coup, je suis allé voir comment ça se passait chez les tourterelles. Rassurez-vous, ça tient le coup. Voilà de bons parents : depuis que les petits sont nés, on revoyait le couple Tourterelle sortir de temps en temps. Ils devaient se refaire les promenades de l'époque insouciante : un petit tour sur mon toit où ils se sont rencontrés, un autre sur la haie du voisin, une virée sur le lampadaire... Maintenant, je sais pourquoi on dit "des tourtereaux" pour désigner des amoureux : ces bestioles-là ne se déplacent qu'à deux. Mais le vent a commencé à souffler, alors Madame Tourterelle est illico retournée à son poste. Depuis, elle veille au grain, avec l'obstination qui la caractérise depuis qu'on s'est rencontrés.

Demain, je vous donnerai des nouvelles des hirondelles.

jeudi 17 juin 2004

Douce fin d'après-midi

zimageIl faisait beau, je roulais tranquillement vers la mer. J'allais faire une course, avant de rejoindre mes meilleurs amis à la terrasse sous les arbres. Douce fin d'après-midi.

Au carrefour qui m'inquiète toujours un peu, j'ai marqué le stop. Je ne sais plus si j'ai regardé à gauche puis à droite, ou à droite puis à gauche. Ca fait des heures que cette question-là me taraude. Je n'ai vu personne, j'ai commencé à m'engager. Et puis la 306 a surgi sur ma droite.

Je n'étais pas engagé suffisamment pour qu'elle me percute, loin de là. Mais elle a paniqué, les freins ont crissé, elle a perdu le contrôle de son véhicule. Et elle est allée défoncer la voiture qui attendait au stop, de l'autre côté de la route.

J'ai gardé mon calme, fait les gestes qu'on m'avait appris en secourisme il y a seize ans (la mémoire revient très vite), appelé les secours, expliqué les choses aux gendarmes. J'ai soufflé dans le ballon, donné mes papiers, fait ma déposition.

Les secours ont emmené la jeune femme au CHU, pour des radios de contrôle. En dehors de son état de choc, elle n'avait pas de lésion apparente. L'homme de l'autre voiture est reparti indemne.

Les gendarmes vont faire les constatations, les assurances vont se démerder pour déterminer laquelle remboursera la casse, la jeune femme va se remettre.

Heureusement, nous étions tous les trois seuls dans nos bagnoles. Pas d'enfant en jeu, pas de blessé grave. Merci les airbags. Les deux voitures accidentées étaient récentes, elles ont absorbé les chocs comme il faut. Si le type au stop avait eu ma bagnole à moi, il serait sans doute en sale état, voire pire. Si ç'avait été un semi-remorque, la fille serait morte. S'il avait été en vélo ou en moto, c'est lui qui serait mort.

Il y a des jours où on réalise que la vie peut basculer en une fraction de seconde. Et les petits soucis ordinaires prennent tout à coup une perspective dérisoire.

mercredi 16 juin 2004

Matricule 43

zimageQuand j'avais quinze ans, j'étais interne dans un lycée gris. J'y avais une vie affective un peu perturbée, avec une jeune fille vraiment charmante, mais à l'humeur vraiment changeante, aussi. Le soir, on finissait les cours à cinq heures, on avait une heure d'étude obligatoire, on bouffait à six heures, et re-belote, étude obligatoire jusqu'à neuf heures. A dix heures, extinction des feux. Ca fait que le rare temps libre auquel on avait droit, entre 7 et 8, on le passait au foyer "mixte" (la notion de mixité était vraiment primordiale pour ne pas avoir envie de se tirer une balle dans la tête), à écouter des disques tristes en fumant des clopes (la loi Evin n'était pas encore née, je vous parle d'un temps où on pouvait mendier une cigarette au proviseur-adjoint quand il passait dans la cour du lycée).

Bref, on s'emmerdait ferme. Quant aux mercredis après-midi, ils se déroulaient dans une ville de Province qui a fait du chômage et des pèlerinages ses deux spécialités locales. Disons que ça manquait un peu de glamour.

Pour survivre, je me changeais les idées dans les romans de Philippe Djian, qui allait bientôt devenir très à la mode (au temps dont je vous parle, on portait des sweat-shirts mauves et verts. Si vous n'avez pas connu ça, vous ne pouvez pas comprendre). Ce qu'il y avait de bien, dans les romans de Djian, c'est le soleil. A chaque page, il y avait un mec obligé de plisser les yeux pour regarder la mer. Lu à la lueur d'une torche électrique, sous une octuple épaisseur de couvertures, dans un dortoir pas chauffé par moins dix degrés, je vous jure que ça avait de la gueule.

Ca fait bien longtemps que je n'ai pas lu de roman de Djian (depuis Echine, très exactement. Sur une plage de sable fin, juste après le bac, au cours de vacances chaotiques). Mais j'y pense à chaque fois que je suis obligé de plisser les yeux pour regarder la mer. Eh bin, en vérité, je vous le dis : ces temps-ci, il fait le temps des romans de Djian.

...

Passionnante, non, cette contrib' ?

La prochaine fois, comme dirait Xave, je vous parlerai de mon Los Angeles. Celui de Marlowe et de Bandini. Et quand j'aurai des trucs intéressants à raconter, je vous ferai signe.

Post-scriptum. 43, c'était mon matricule à la cantoche. Et "Matricule 43", c'était le pseudo sous lequel je signais des nouvelles et des poèmes aussi lyriques que grotesques.

mercredi 9 juin 2004

Pour Xave

Une spéciale dédicace pour Xave, l'homme qui a oublié la cuisson des oeufs durs et qui mange dans des trucs en plastique immonde. C'est ma recette de pain d'épice à moi, je l'ai améliorée tout seul, et depuis tout le monde m'aime.

Xave, t'es là ?

Alors tu chauffes 20 cl de lait dans une casserole à feu doux. Tu y ajoutes 150g de miel, que tu fais bien fondre dans le lait chaud pour que ça soit homogène. A tout ça, tu mélanges 100g de cassonnade et tu touilles bien.

Dans un saladier, tu fais un puits avec 250g de farine[1]. Tu remues avec un sachet de levure chimique et une pincée de sel. Tu verses le mélange lait + miel + sucre, tu ajoutes 2 cuillerées à café de cannelle en poudre, une cuillerée à café de gingembre, et, si tu en as, un peu d'anis étoilé. Tu remues tout ça comme il faut, je veux pas voir un grumeau. Pour finir, tu ajoutes deux oeufs entiers. Tu verses le tout dans un moule à cake bien huilé, et tu enfournes à 170° pendant 45 minutes maxi.

Après, tu fais goûter à ta chère et tendre, et elle te demande en mariage. Quand il ne reste plus qu'une seule tranche, tu l'utilises pour faire une carbonnade.

La prochaine fois, je vous expliquerai comment je fais des brioches pur beurre.

C'est mon site, je fais ce que je veux.

Notes

[1] de type 65, la farine, si possible : c'est plus chiant à trouver, mais tellement meilleur que la bête 45 de Francine

jeudi 3 juin 2004

Alerte rouge

Risques d'attentats maximum dans la ville où j'habite : comme des tas de chefs d'états viennent célébrer le D-Day, ça paranoïde dans tous les sens. Depuis trois jours, on croise plus de militaires, de policiers et de gendarmes que d'espions en civil. Et, entre nous, ça fait bizarre d'acheter des clopes derrière un type qui a son fusil d'assaut en bandoulière. Je vous parle pas des moyens aériens : c'est le défilé permanent, on se croirait à un meeting. Mes mômes qui aiment les avions et les hélicos sont ravis. Et, par les fenêtres de mon bureau qui donnent sur le canal, j'ai vu plein de gros bateaux gris qui sont pas là pour la plaisance... Demain, simulations d'attentats chimique, radiologique et nucléaire. Et dimanche, tout le monde prie. Je voudrais bien être petite souris pour voir les réunions entre les mecs de la CIA, de la DST, du MI-5 et de l'ex-KGB (mais comment ça s'appelle, ça, maintenant ?). Eh, les gens ! J'évolue en direct live dans un décor de James Bond. J'espère seulement que ça tiendra toujours debout lundi...